Tchad : Amnesty International dénonce des détentions arbitraires et appelle à des procès équitables
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Amnesty International a exhorté ce lundi les autorités tchadiennes à libérer immédiatement 10 proches de l’opposant politique Yaya Dillo Djerou, détenus dans la prison de haute sécurité de Koro Toro malgré leur acquittement en juillet dernier. L’organisation demande également des explications sur la condamnation de 14 autres personnes dans la même affaire et insiste sur la nécessité de garantir des procès équitables conformément aux obligations nationales et internationales du Tchad.
Une répression persistante
Les 24 détenus sont des proches et sympathisants du Parti Socialiste sans Frontières (PSF), dirigé par Yaya Dillo Djerou jusqu’à sa mort tragique lors d’une opération militaire menée contre le siège du PSF à N’Djamena le 27 février 2024. Cette intervention, qualifiée d’assassinat par les partisans du PSF, a entraîné des arrestations massives.
Parmi les détenus figurent trois mineurs âgés de 16 à 18 ans et plusieurs personnes atteintes de maladies chroniques. Amnesty International a rapporté qu’ils sont maintenus dans des conditions qualifiées d’inhumaines, sans contact avec leurs familles ni accès à des avocats jusqu’à leur première audience.
Samira Daoud, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, déclare :
« Garder 10 personnes emprisonnées à Koro Toro malgré leur acquittement constitue une détention arbitraire flagrante. Cela illustre une répression constante contre les opposants politiques au Tchad, dans la lignée des violences d’octobre 2022 où des dizaines de manifestants avaient été tués et des centaines emprisonnés. Les autorités doivent respecter les droits humains et mettre un terme à ces pratiques. »
Un appel à la justice pour les condamnés
Les 14 autres personnes, condamnées dans cette affaire, ont interjeté appel, mais aucune date n’a été fixée pour l’examen de leur recours. Les proches des condamnés dénoncent des accusations sans fondement. Amnesty International demande aux autorités de transférer les détenus dans des centres de détention à N’Djamena, conformément à la législation tchadienne, et d’assurer leur droit à un procès équitable.
Des arrestations ciblées au sein du PSF
La répression contre les membres du PSF ne s’arrête pas là. En septembre 2024, Robert Gam, secrétaire général du PSF, a été arrêté et placé en détention au secret à N’Djamena. Amnesty International exprime de vives inquiétudes quant à sa sécurité.
Abakar Torabi, secrétaire général aux finances du PSF, a pour sa part été libéré en novembre après neuf mois de détention secrète sans qu’aucune charge n’ait été retenue contre lui.
Le besoin d’une enquête transparente
Depuis la mort de Yaya Dillo Djerou, une enquête de type « internationale » avait été annoncée par le Premier ministre de l’époque, Succès Marsa. Cependant, aucun détail sur son avancement n’a été communiqué, et le siège du PSF a depuis été rasé.
Amnesty International insiste sur la nécessité de faire toute la lumière sur ces événements et de mettre fin à l’impunité. Cette affaire illustre une fois de plus la nécessité pour le Tchad de respecter ses engagements en matière de droits humains et d’instaurer une véritable justice pour tous.
Par Kenzo Brown

