Gabon : Manifestation pacifique à Libreville contre la libération et l’exfiltration de Sylvia et Noureddine Bongo
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Une manifestation pacifique a eu lieu hier matin devant le Palais de Justice de Libreville et le ministère de la Justice. À l’initiative de l’association « Réconciliation », regroupant les victimes des violences post-électorales de 2016, les manifestants ont exprimé leur indignation face à la libération provisoire et au départ discret vers l’Angola de Sylvia Bongo Valentin et de son fils Noureddine Bongo Valentin.
Cette décision, autorisée par le président de la Transition Brice Clotaire Oligui Nguema, a été perçue comme un affront par de nombreux Gabonais. Arrêtés après le coup d’État du 30 août 2023, Sylvia et Noureddine Bongo faisaient face à de lourdes accusations : haute trahison, faux et usage de faux, détournement de fonds publics et trafic de stupéfiants. Après près de vingt mois de détention, leur remise en liberté pour des raisons médicales suscite incompréhension et colère.
« Nous aussi, nous méritons une prise en charge médicale », a déclaré Aïcha Tsoumbou, présidente de l’association « Réconciliation », dénonçant une justice à deux vitesses. Les autorités judiciaires, de leur côté, ont évoqué des certificats médicaux établis par le médecin-chef de la prison centrale et le médecin militaire Jean-Raymond Nzenze de l’Hôpital des Armées. Le Procureur général a toutefois précisé que les procédures judiciaires restent en cours.
Mais ces justifications ne convainquent pas. Les manifestants estiment que les Bongo ont bénéficié d’un traitement de faveur, tandis que les victimes des violences de 2016, souvent blessées physiquement ou psychologiquement, restent sans soutien ni reconnaissance officielle. Certaines ont rappelé avoir saisi sans succès la Présidence, la Cour Constitutionnelle et le ministère de la Justice.
« Pourquoi Sylvia et Noureddine sont-ils emprisonnés, pendant qu’Ali Bongo, le principal responsable, reste libre ? », s’est interrogée la présidente de l’association, remettant en question la sincérité du processus de refondation promis après le coup d’État.
Ce nouveau bras de fer entre victimes et autorités remet en cause la crédibilité de la justice gabonaise et de la Ve République. Pour les manifestants, le président Oligui Nguema doit sortir de l’ambiguïté et garantir une gouvernance fondée sur la justice, l’équité et la dignité. « Ce qui se passe dans le pays est révoltant. Trop, c’est trop », conclut l’un des survivants de 2016.
La société civile, de plus en plus vigilante, attend désormais des actes forts. Le temps des compromis secrets semble révolu : le peuple exige vérité, justice et exemplarité.
Par Jérôme Wailifu

