Tchad : Séisme au sein de l’undr : Six hauts cadres clâment leur démission collective après le congrès

L’Union nationale pour la démocratie et le renouveau (UNDR), l’un des principaux partis politiques de l’opposition tchadienne, traverse une crise interne sans précédent. Au lendemain de la clôture de son 7e congrès ordinaire tenu à la Maison de la Femme, six membres éminents de son Bureau Exécutif national ont annoncé leur démission collective, jetant une lumière crue sur des fractures profondes et un malaise latent de plus de vingt ans.

Les démissionnaires, tous des cadres expérimentés et responsables de secteurs clés, ont notifié leur décision « irrévocable » à l’ancien président du parti et figure historique, Saleh Kebzabo, par une correspondance datée du 20 décembre 2025, dont Le Tchadien Indépendant a obtenu copie.

Les visages d’une lourde défection

La liste des partants est lourde de sens et représente un pan important de l’appareil partisan :

· AL-MAHADY OUMAR AKACHA, 3e Vice-président chargé de l’organisation et de la mobilisation.
· AHMAT GOURDE SIDI, Secrétaire National chargé de l’éthique et de la discipline.
· MAHAMAT OUMAR ABOUT, Secrétaire National adjoint à l’éducation, la jeunesse et le sport.
· MAHAMAT ALBECHIR ADOUM DJIBRINE, Secrétaire National chargé de la santé, de la famille et de l’action sociale.
· HARINE ABDELAZIZ ALFAL, Secrétaire National chargé des mouvements syndicaux.
· ABAKAR ABDELKERIM ADRE, Secrétaire National chargé de l’économie.

Les racines de la colère : vingt ans de « mauvais traitements » et des dérives récentes

Dans leur lettre commune, les six hommes posent un diagnostic sévère sur l’état du parti. Ils justifient leur départ par « plus de 20 ans de mauvais traitements » subis au sein de l’UNDR, et par une dégradation récente qu’ils ont vainement tenté d’enrayer.

Ils pointent notamment du doigt :

1. Une marginalisation régionale : La mise à l’écart persistante des cadres et militants des régions du Nord, du Centre et de l’Est, vidant selon eux le parti de sa « vocation nationale et inclusive ».
2. Des pratiques anti-démocratiques : Des manœuvres de succession perçues comme « familiales et claniques », bafouant les principes de collégialité.
3. Un congrès instrumentalisé : Un climat de « suspicion, de frustration et de division » créé autour du 7e congrès.
4. Une ligne politique contradictoire et risquée : L’élément déclencheur immédiat semble avoir été les prises de parole « en contradiction manifeste avec la ligne politique officiellement assumée par le Parti » de Saleh Kebzabo lors de l’ouverture du congrès. Les démissionnaires font référence à ses accusations publiques contre le Président de la République, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, l’accusant de népotisme et de détournements de fonds. Ils estiment que de telles sorties exposent l’UNDR « à une instabilité préjudiciable » et fragilisent ses « alliances stratégiques », notamment avec le Mouvement Patriotique du Salut (MPS).

Un acte politique « responsable » en forme d’« interpellation historique »

Les démissionnaires insistent sur le caractère mûri et collectif de leur geste. Ils affirment avoir multiplié les alertes et les propositions constructives en interne, restées sans suite. Leur départ se veut donc « un acte politique responsable, un signal fort et une interpellation historique sur la trajectoire prise par le Parti ».

« Notre démarche n’est ni une fuite ni une trahison, mais l’expression d’une fidélité aux valeurs premières du combat politique que nous avons mené ensemble », conclut la lettre, dans une formule qui sonne comme un désaveu cinglant pour la direction en place.

Les implications : l’UNDR fragilisé à l’aube d’une nouvelle séquence politique

Cette vague de démissions massives, touchant des piliers organisationnels, éthiques et sectoriels du parti, représente un coup dur pour l’UNDR. Elle révèle une crise de confiance et de gouvernance interne aiguë, et pourrait remettre en cause la cohésion et l’influence du parti dans le paysage politique tchadien, à un moment où les alliances et les repositionnements sont cruciaux.

L’UNDR et Saleh Kebzabo n’ont pas encore officiellement réagi à cette défection retentissante. La réponse du parti à cette crise déterminera sa capacité à se relever et à retrouver une unité, face à des dissidents qui entendent désormais poursuivre leur combat politique sous d’autres cieux.

Par Mbaikoula Philippe

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