Gabon : Affaire Bounda Balonzi : quatre ans de prison et 435 millions de FCFA à rembourser, une condamnation qui divise
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La justice gabonaise a rendu, vendredi 16 janvier 2026 à Libreville, son verdict dans l’affaire opposant Léon Armel Bounda Balonzi à l’État gabonais. L’ancien ministre des Travaux publics sous Ali Bongo a été condamné à quatre ans de prison, dont un an avec sursis, assortis d’une lourde sanction financière estimée à 435 millions de FCFA. Un jugement emblématique dans le contexte actuel de lutte contre la corruption, mais dont la portée suscite déjà de nombreuses interrogations.
Poursuivi pour plusieurs délits économiques, notamment le non-respect des procédures de passation des marchés publics, la corruption passive, le blanchiment de capitaux et l’association de malfaiteurs, Léon Armel Bounda Balonzi a été reconnu coupable par le tribunal correctionnel spécialisé. Au cœur du dossier figure le marché de Potos, à Franceville, attribué à une entreprise pour un montant avoisinant les 3 milliards de FCFA, alors que des offres concurrentes bien inférieures existaient.
Outre la peine de prison, l’ancien ministre devra verser 130 millions de FCFA à l’Agence judiciaire de l’État, constituée partie civile. À cela s’ajoutent 300 millions de FCFA de dommages et intérêts à payer solidairement avec son coaccusé, Abdul Houssein Hatem Moussavou, dirigeant de la société Zen BTP, également condamné dans cette affaire. Le tribunal a par ailleurs ordonné la saisie de la résidence de Bounda Balonzi située à Fougamou, dans la province de la Ngounié.
Toutefois, malgré la sévérité apparente du jugement, la durée effective de détention de l’ancien ministre devrait être limitée. Placé sous mandat de dépôt depuis le 23 septembre 2023, il a déjà purgé une grande partie de sa peine ferme et pourrait recouvrer la liberté dès septembre 2026. Une perspective qui laisse un sentiment mitigé au sein de l’opinion publique, certains estimant que la sanction ne reflète pas pleinement la gravité des faits reprochés.
Ce verdict intervient dans un contexte politique marqué par la volonté affichée des autorités de la Ve République, sous la conduite du général Brice Clotaire Oligui Nguema, de rompre avec les pratiques de gouvernance du passé. En frappant un ancien baron du régime Bongo, la justice semble vouloir envoyer un signal fort. Mais la possibilité d’une libération rapide et l’éventualité d’un appel relativisent l’impact symbolique de cette décision.
L’affaire Bounda Balonzi s’impose ainsi comme un test majeur pour la crédibilité de la lutte anticorruption au Gabon. Entre avancée judiciaire et message jugé ambigu, elle relance le débat sur la capacité réelle de l’État à sanctionner durablement les crimes économiques et à restaurer la confiance des citoyens dans les institutions.
Par Jérôme Wailifu

