Tchad : À Mongo, la justice a été exécutée en pleine audience

 

Ce 9 février 2026, à la Cour d’appel de Mongo, ce n’est pas seulement un accusé qui a perdu la vie. C’est l’idée même de la justice qui a été abattue, sous les yeux d’une institution censée la protéger.

Un homme, encore présumé innocent, a été tué en pleine audience par un gendarme, parent de la victime qu’il était accusé d’avoir tuée. Le lieu ? Un tribunal. Le moment ? Une audience officielle. L’auteur ? Un agent des forces de sécurité, dépositaire de l’autorité de l’État. Ces faits, d’une gravité exceptionnelle, marquent un tournant inquiétant.

Que la douleur d’une famille soit immense est humain. Que cette douleur se transforme en vengeance armée au cœur d’un tribunal est inacceptable. Lorsqu’un agent de l’État décide de se faire justice lui-même, il renie la mission qui lui a été confiée et piétine les fondements de la République.
Plus troublant encore est le silence assourdissant des dispositifs de sécurité. Comment un homme a-t-il pu entrer armé dans une salle d’audience ? Comment a-t-il pu agir sans être immédiatement neutralisé ? Ces questions ne sont pas secondaires : elles engagent directement la responsabilité de l’administration judiciaire et sécuritaire.

À Mongo, la justice n’a pas été débordée par la colère : elle a été humiliée. Car lorsqu’un accusé est exécuté avant même que le verdict ne soit rendu, le procès devient une mascarade et le droit un décor vide.

L’enquête annoncée devra aller au-delà de l’acte individuel. Elle devra établir les responsabilités institutionnelles, les complicités éventuelles, les failles systémiques. Se contenter d’un coupable unique serait une fuite en avant.

Le Tchad ne peut accepter que les tribunaux deviennent des arènes de règlement de comptes. La justice ne se rend ni avec un couteau ni avec une arme à feu. Elle se rend avec la loi, la procédure et la retenue.

À défaut, c’est la loi du plus fort qui s’installe, et avec elle la peur, la défiance et le chaos. Ce drame appelle une réponse ferme, transparente et exemplaire. Sans cela, Mongo restera dans l’histoire non comme un lieu de justice, mais comme le symbole d’un État de droit en sursis.

Par Kenzo Brown

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