Afrique : Alliance des États du Sahel : Tiken Jah Fakoly prend ses distances et se dit « déçu »

Soutien affiché aux premières heures de la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), l’artiste ivoirien Tiken Jah Fakoly exprime désormais sa profonde déception vis-à-vis des dirigeants de l’organisation régionale.

Dans un entretien accordé à Deutsche Welle, la figure du reggae africain affirme ne plus se reconnaître dans l’orientation actuelle portée par le capitaine Ibrahim Traoré au Burkina Faso, le colonel Assimi Goïta au Mali et le général Abdourahamane Tiani au Niger.

Une transition sans élections ?

Pour l’artiste panafricaniste, l’AES représentait au départ l’espoir d’une transition aboutissant à des élections démocratiques dans les trois pays membres.

« Je pensais que ça allait être des pouvoirs de transition pour arriver à des élections pour que la majorité des Maliens, des Burkinabè et des Nigériens choisissent », a-t-il déclaré.
Tiken Jah Fakoly déplore toutefois ce qu’il considère comme un changement de cap, évoquant des décisions prises par un nombre restreint d’acteurs pour maintenir les dirigeants en place. Selon lui, l’unité affichée au sein de l’AES ne s’accompagne pas d’un véritable processus démocratique.
« On a l’impression que c’est être unis pour éviter d’aller aux élections », soutient-il, appelant les autorités à organiser des scrutins afin de légitimer leur pouvoir par les urnes.

Une position cohérente avec son combat

L’artiste estime qu’il serait incohérent de dénoncer certains mandats présidentiels en Afrique de l’Ouest tout en soutenant des régimes militaires sans calendrier électoral clair. Il fait notamment référence aux débats suscités en Côte d’Ivoire autour du quatrième mandat du président Alassane Ouattara.

« Pour moi qui me suis battu depuis 30 ans pour la liberté, la justice et l’égalité pour le peuple, il était temps d’arrêter d’apporter mon soutien », a-t-il affirmé.

En termes clairs, Tiken Jah Fakoly indique qu’il ne pourra plus soutenir les régimes militaires de l’AES « si rien ne change ». Une prise de position qui pourrait relancer le débat sur la trajectoire politique des États membres de l’Alliance et sur les attentes des sociétés civiles en matière de gouvernance et de démocratie.

Par Frédéric Konaté

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