Sénégal : le gouvernement durcit le ton contre l’homosexualité avec des peines pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison
Le gouvernement sénégalais a franchi un nouveau cap dans sa législation réprimant l’homosexualité. Un projet de loi adopté en Conseil des ministres prévoit de doubler les sanctions pénales contre les personnes LGBT, tout en élargissant le champ des poursuites aux défenseurs de leurs droits.
C’est un tournant majeur dans la législation sénégalaise. Alors que le Code pénal réprime déjà les « actes contre nature » depuis des décennies, le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye a décidé d’alourdir considérablement les sanctions. Selon des sources proches du dossier, un nouveau texte, adopté cette semaine en Conseil des ministres, porte les peines maximales de 5 à 10 ans d’emprisonnement et l’amende de 1,5 million à 10 millions FCFA.
Un texte qui élargit le champ des poursuites
Au-delà du durcissement des peines, ce projet de loi innove en ciblant explicitement toute forme de soutien aux personnes LGBT. Les associations de défense des droits humains et les médias qui diffuseraient des « messages favorables » à ces droits pourraient désormais être poursuivis.
Le ministre de la Culture, interrogé à l’issue du Conseil des ministres, a justifié cette offensive législative par la nécessité de « préserver les valeurs traditionnelles et religieuses » du pays. « Ces pratiques ne correspondent pas à nos traditions, à notre culture profonde », a-t-il déclaré, ajoutant que l’État se devait de « protéger la société sénégalaise contre ces dérives ».
Un garde-fou contre les fausses accusations
Le texte prévoit également une disposition visant à protéger les personnes faussement accusées. Toute personne qui porterait une accusation d’homosexualité sans preuve s’exposerait à une peine de 2 à 3 ans d’emprisonnement et à une amende pouvant atteindre 500 000 FCFA. Une mesure qui vise à endiguer les dénonciations calomnieuses, devenues fréquentes dans un climat social tendu sur ces questions.
Un climat de peur dénoncé par les ONG
Ces dernières semaines, plusieurs arrestations ont été signalées dans différentes régions du pays. Dans certains cas, des personnes présumées homosexuelles ont échappé de justesse à des violences populaires grâce à l’intervention des forces de l’ordre, prises en tenaille entre leur devoir de protection et l’application d’une loi qu’elles sont chargées de faire respecter.
L’organisation Human Rights Watch a immédiatement réagi, dénonçant « un climat de peur et de discrimination qui s’aggrave dangereusement pour les personnes LGBT au Sénégal ». L’ONG appelle les autorités à revenir sur ce texte qui, selon elle, « viole les engagements internationaux du Sénégal en matière de droits humains ».
Le projet de loi doit désormais être examiné par l’Assemblée nationale, où il devrait être adopté sans difficulté compte tenu de la sensibilité du sujet et du consensus politique apparent sur la question.
Par Cherif Keita

