Tchad : Conflit foncier à Manang : treize arrestations et une population en ébullition
Une vive tension secoue le canton Gadjibian, dans la localité de Manang, depuis plusieurs jours. Un litige foncier opposant un éleveur à des cultivateurs a dégénéré, entraînant l’arrestation de treize personnes, une évasion musclée et l’intervention des forces de l’ordre. Le calme reste précaire.
Le conflit couvait depuis des mois. Il a éclaté au grand jour cette semaine à Manang, dans le canton Gadjibian. En cause : un vaste terrain situé à Nyan, revendiqué par un éleveur qui l’aurait acheté, mais que les populations des cantons Ngadjibian, Boy Bessao et Donian considèrent comme leurs terres ancestrales de culture.
L’affaire, portée devant la justice de Baibokoum par l’éleveur lui-même, n’a pas abouti en sa faveur. Débouté de sa demande, il a interjeté appel. Le dossier, selon des sources locales, n’a pas encore été transmis à Moundou, seule juridiction compétente pour en connaître.
Un bouvier, des lances et une étincelle
L’étincelle qui a mis le feu aux poudres remonte à avant-hier. Un bouvier, employé de l’éleveur, a conduit son troupeau dans les champs litigieux, provoquant la colère des cultivateurs. Selon des témoins, il aurait menacé les paysans avec des lances avant d’être maîtrisé par ces derniers.
Mais c’est là que la situation a pris un tour inattendu : ce sont les cultivateurs, et non le bouvier, qui ont été interpellés et placés en garde à vue au poste de gendarmerie de Nyan.
La colère monte, le poste de gendarmerie pris d’assaut
Hier, le Sous-préfet de Bessao s’est rendu sur place pour tenter d’apaiser les esprits. Sa mission a tourné court : une dizaine de villageois supplémentaires ont été arrêtés et conduits à Bessao, selon une source locale. Une décision qui a mis le feu aux poudres.
Exaspérée, la population de Nyan a forcé les portes du poste de gendarmerie, libéré les détenus et incendié le hangar de la brigade. Alertés, les militaires en poste à Boy Bessao sont rapidement intervenus et ont procédé à des tirs de sommation pour disperser la foule.
Un calme fragile
À ce stade, aucun décès n’a été signalé. Mais la tension reste vive à Manang, où les esprits sont échauffés. Les autorités locales tentent de rétablir le dialogue entre les deux parties, alors que le conflit foncier, récurrent dans la région, menace de s’envenimer davantage.
La justice, saisie en appel, devra désormais se prononcer sur le fond du litige. En attendant, la population réclame la libération de tous les détenus et la reconnaissance de ses droits sur les terres qu’elle cultive depuis des générations.
Nous y reviendrons
Par Mbaikoula Philippe

