Niger : trois ans après le coup d’État, les avocats de Mohamed Bazoum exigent sa libération « immédiate »

 

Trois ans jour pour jour après le coup d’État militaire du 26 juillet 2023, les avocats de l’ex-président nigérien Mohamed Bazoum ont réitéré leur demande de libération « immédiate » de leur client, toujours détenu sans procès avec son épouse dans une aile du palais présidentiel. Cette requête intervient dans un contexte de pressions internationales croissantes, l’Union européenne et les Nations unies réclamant également sa libération.

Une détention prolongée sans procédure judiciaire

Élu en 2021, Mohamed Bazoum a été renversé par un putsch mené par le général Abdourahamane Tiani, qui dirige aujourd’hui la junte au pouvoir. Depuis, l’ancien chef d’État et son épouse Hadiza sont retenus dans une aile du palais présidentiel à Niamey, dans des conditions dénoncées par ses avocats comme un « isolement prolongé », sans accès à leurs proches ni à des avocats, et avec un accès limité aux soins médicaux . L’ex-président n’aurait eu « pratiquement aucun contact » avec l’extérieur.

Le pouvoir militaire accuse Mohamed Bazoum de « haute trahison » et de « complot d’atteinte à la sécurité et à l’autorité de l’État », des chefs d’accusation qui nécessiteraient une détention préventive. Pourtant, aucune procédure judiciaire n’a été ouverte à son encontre, malgré la levée de son immunité présidentielle en juin 2024 . Selon ses avocats, ces accusations « fantaisistes » ne reposent sur aucun élément matériel .

Mandat présidentiel arrivé à échéance

Le mandat de Mohamed Bazoum, qui devait s’achever officiellement le 2 avril 2026, est désormais terminé. Cependant, ses avocats estiment que cette échéance ne devrait pas justifier son maintien en détention, rappelant qu’il n’a jamais démissionné et que son mandat a été interrompu par la force . La junte, elle, a suspendu la constitution et adopté une charte permettant au général Tiani de rester au pouvoir pour un mandat de cinq ans renouvelable .

La communauté internationale multiplie les appels à sa libération. En mars 2026, le Parlement européen a adopté à une très large majorité une résolution exigeant la libération « immédiate et inconditionnelle » de Mohamed Bazoum . En février 2025, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire avait déjà estimé que sa détention était illégale et constituait une violation du droit international . La Cour de justice de la CEDEAO s’était également prononcée en ce sens dès décembre 2023 .

Ces prises de position suscitent l’ire des autorités nigériennes, qui dénoncent une « ingérence » dans les affaires intérieures du pays . Le ministre de la Justice a récemment déclaré à la BBC que la question de la libération de Bazoum était un « problème interne » relevant de la seule « sécurité nationale et souveraineté » du Niger . Des manifestations de soutien à la junte ont d’ailleurs été organisées à Niamey pour protester contre les résolutions européennes .

Pour ses défenseurs, Mohamed Bazoum incarne le combat pour la démocratie contre la dictature militaire. Le Collectif international pour sa libération, qui a recueilli plus de 5 000 signatures, dénonce les conditions de détention « inhumaines » de l’ancien président et de son épouse . L’avocat Mohamed Seydou Diagne souligne que Bazoum est maintenu captif « en tant que bouclier humain » pour dissuader toute intervention armée .

Trois ans après le putsch, le sort de l’ancien président demeure incertain. La junte a récemment libéré une cinquantaine de prisonniers politiques, dont d’anciens ministres, mais maintient fermement sa position concernant Mohamed Bazoum . La date du procès, si procès il y a, n’a toujours pas été fixée.

Par Cherif Keita 

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