Nigeria : Tinubu débloque 264 milliards de nairas pour les militaires, une hausse historique jusqu’à 80 %

Le président Bola Tinubu a frappé fort. Face à une insécurité chronique qui ébranle le géant ouest-africain, il a signé une revalorisation salariale sans précédent pour les forces armées. Dès le 1er septembre 2026, les 250 000 soldats, marins et aviateurs nigérians verront leur rémunération bondir de 30 à 80 %, selon leur grade. Un effort budgétaire de 264 milliards de nairas qui porte la masse salariale annuelle de l’armée à 924 milliards.

Une prime à la bravoure dans un pays en guerre

Ce n’est pas un simple ajustement comptable. C’est un message politique. En accordant les plus fortes hausses (80 %) aux soldats du rang, ceux qui tiennent les lignes de front contre Boko Haram, les bandits armés et les séparatistes, Tinubu dit à ses troupes : « le pays vous doit plus que des mots. » Les officiers supérieurs, eux, bénéficieront de 30 % d’augmentation, tandis que les sous-officiers et officiers subalternes toucheront 50 % supplémentaires.

Le conseiller spécial Bayo Onanuga a résumé l’état d’esprit : « Ceux qui risquent leur vie pour que nous dormions en paix méritent d’être reconnus, et pas seulement par des médailles. »

Mais cette décision audacieuse intervient au pire moment. Le Nigeria traverse une crise économique profonde : inflation galopante, prix du carburant décuplé, pauvreté touchant plus de 60 % de la population. En offrant 264 milliards de nairas supplémentaires à l’armée, Tinubu prend le risque d’être accusé de privilégier le glaive au détriment du pain.

Les parlementaires, eux, ont applaudi. Les sénateurs Ahmad Lawan et Abdulaziz Yar’Adua y voient « un vote de confiance historique ». Mais sur le terrain social, la pilule pourrait être amère.

L’armée appelée à répondre présent

Le général à la retraite Christopher Musa, ministre de la Défense, n’a pas mâché ses mots en retour : « Cette augmentation n’est pas un cadeau, c’est un investissement. Nous attendons des résultats. » Autrement dit, le gouvernement attend que les troupes intensifient les opérations et inversent la tendance sécuritaire.

Tinubu, dont la présidence est scrutée de près par une population exaspérée, joue gros. En misant sur l’armée, il espère endiguer l’insurrection, mais aussi asseoir son autorité. Reste à savoir si ce coup de pouce financier suffira à redonner à une armée souvent critiquée pour son manque d’équipement et sa lourdeur administrative, la combativité nécessaire.

En annonçant également des investissements dans la modernisation des équipements, le président laisse entrevoir une stratégie plus large. Mais dans l’immédiat, c’est une bouffée d’oxygène pour les soldats, qui voient leur sacrifice enfin récompensé. Et peut-être, un signal adressé aux ennemis de l’État : le Nigeria ne compte pas baisser les bras.

Par Rodrigue Izumo 

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