Soudan : Or pillé à Khartoum : le butin de guerre des FSR retrouvé à Dubaï

 

Selon une enquête du Financial Times, plus d’une tonne et demie d’or – dérobée à la Banque centrale du Soudan au début du conflit – a transité par le Tchad et le Soudan du Sud avant d’atterrir aux Émirats arabes unis. La valeur du chargement dépasse les 100 millions de dollars. Les Forces de soutien rapide (FSR) dénoncent un « complot médiatique ».

 

Près de dix-huit mois après le sac de la Banque centrale du Soudan, une partie du butin refait surface à des milliers de kilomètres des champs de bataille. Le Financial Times dévoile ce 7 août 2026 une enquête fouillée qui retrace le périple de lingots d’or, initialement scellés dans les coffres de l’institution monétaire soudanaise, jusqu’aux comptoirs étincelants de Dubaï.

 

Le mode opératoire est désormais mieux connu. Selon les sources consultées par le quotidien britannique, l’or – environ 1,5 tonne – aurait été exfiltré de Khartoum dans les heures suivant la prise du site par les Forces de soutien rapide (FSR) en avril 2023. Le convoi a ensuite franchi plusieurs frontières : d’abord le Tchad, puis le Soudan du Sud, avant d’être chargé à bord d’un avion-cargo à destination des Émirats. Une filière rodée, empruntant les mêmes couloirs que ceux utilisés pour le trafic d’armes et de carburant.

 

Les investigations s’appuient sur des documents douaniers, des enregistrements de vols et des recoupements bancaires. Les numéros de série des lingots retrouvés correspondent bien à ceux enregistrés dans les inventaires de la Banque centrale avant le pillage, affirment les auteurs du rapport.

 

Les FSR, qui contrôlent toujours de vastes zones aurifères au Darfour et au Kordofan, ont vivement rejeté ces accusations. Par la voix de leur porte-parole, elles dénoncent une « manipulation » orchestrée par des « cercles hostiles » et assurent n’avoir « jamais touché aux réserves de l’État ». Aucune preuve tangible n’a toutefois été apportée pour étayer cette contre-version.

 

Ce n’est pas la première fois que les circuits parallèles de l’or soudanais attirent l’attention de la communauté internationale. Déjà le 16 juillet dernier, le Royaume-Uni avait gelé les avoirs de plusieurs réseaux basés à Dubaï et à Hong Kong, les accusant de servir de blanchisserie pour le métal jaune issu des zones en guerre. Le Soudan, riche de ses mines artisanales, voit chaque année près de la moitié de sa production échapper aux registres officiels – une manne qui alimente aussi bien les seigneurs de guerre que les contrebandiers.

 

Interrogés, les Émirats arabes unis, plaque tournante mondiale du négoce aurifère, n’ont pas encore rendu public leur position. Mais ces révélations pourraient contraindre les autorités locales à durcir leur contrôle sur les importations en provenance d’Afrique de l’Est, sous la pression croissante des organisations internationales de lutte contre le blanchiment.

 

En attendant, l’affaire illustre avec une brutalité glaçante comment les ressources naturelles d’un pays déchiré par la guerre deviennent le carburant même de sa propre destruction. L’or de Khartoum, censé incarner la richesse nationale, brille désormais dans les vitrines du golfe Persique, loin des ruines fumantes de la capitale soudanaise.

 

Par Issa Abdou 

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