RDC : Félix Tshisekedi lance un dialogue national de trois mois, l’AFC/M23 exclu

 

Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a officiellement lancé le 27 août un « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Ce processus d’une durée maximale de trois mois exclut les groupes armés, en particulier l’AFC/M23, et se tiendra intégralement sur le territoire congolais, avec des consultations dans les 26 provinces avant les assises nationales à Kinshasa.

C’est depuis Kinshasa, dans une allocution retransmise à la télévision nationale, que le chef de l’État a dévoilé les contours de cette initiative longtemps réclamée par l’opposition et une partie de la société civile . Le président a d’emblée fixé des lignes rouges : aucune négociation avec « l’agresseur ou ses supplétifs », aucune remise en cause des résultats des élections de 2023, et aucune suspension des institutions, qui poursuivront leurs mandats jusqu’aux échéances constitutionnelles .

Sur le fond, Félix Tshisekedi a justifié cette démarche par la nécessité d’examiner « avec lucidité » les « fractures » du pays, en évitant de réduire le dialogue à une simple gestion des crises successives . « Si la démocratie nous autorise à nous opposer, la patrie, elle, nous interdit de nous déchirer », a-t-il déclaré, invitant les responsables politiques à renoncer à tout discours de haine.

Une méthode ascendante : la parole aux provinces

L’originalité du processus annoncé réside dans son ancrage territorial. Contrairement aux concertations précédentes, souvent perçues comme des arrangements entre élites de la capitale, ce dialogue commencera dans les 26 provinces .

Des forums préliminaires réuniront au chef-lieu de chaque province les populations, les autorités locales, les élus nationaux et provinciaux, les partis politiques (majorité comme opposition), la société civile, les autorités coutumières et les confessions religieuses . Les femmes, les jeunes, les travailleurs, les entrepreneurs, les agriculteurs, les chercheurs et la diaspora congolaise seront également associés .

Chaque province devra établir un diagnostic sur l’insécurité, les conflits fonciers et coutumiers, les tensions communautaires, les inégalités ou les obstacles au développement . « Les assises de Kinshasa ne seront pas le point de départ du Dialogue, mais l’aboutissement d’une parole recueillie à travers tout le pays », a insisté le chef de l’État, promettant que le peuple congolais ne serait pas réduit à entériner des conclusions négociées sans lui .

L’exclusion de l’AFC/M23 : une ligne rouge assumée

La décision la plus discutée de cette annonce est l’exclusion des groupes armés, et en premier lieu de l’AFC/M23, de la table des négociations en tant que « composante politique » . Félix Tshisekedi a été ferme : « Nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la Nation tout en prenant les armes contre elle. Aucune conquête militaire ne pourra être convertie en légitimité politique » .

Cette position répond à une critique récurrente de l’histoire politique congolaise : celle qui consiste à voir la rébellion devenir un raccourci vers le pouvoir, récompensant la violence plutôt que le suffrage universel . Le président a ainsi voulu briser la spirale dangereuse qui installe une concurrence entre les urnes et les armes .

Toutefois, une porte de sortie individuelle reste ouverte : ceux qui renoncent sincèrement et de manière vérifiable à la violence, et qui condamnent sans équivoque l’agression dont le pays est victime, pourront bénéficier d’une voie de réintégration au sein de la communauté nationale . En revanche, le chef de l’État a exclu toute amnistie générale pour les crimes graves, soulignant que « les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les actes de génocide […] ne pourront être effacés par une amnistie générale » .

Le dialogue national ne se substitue pas aux démarches internationales en cours. Félix Tshisekedi a soigneusement distingué son initiative des processus de Washington et de Doha .

· Washington traite de la dimension interétatique du conflit entre la RDC et le Rwanda.
· Doha demeure le cadre approprié pour discuter avec l’AFC/M23 de la cessation des hostilités, du désengagement, du cantonnement et du désarmement .

Le dialogue national, lui, est présenté comme un processus souverain, « conçu par les Congolais et pour les Congolais », centré sur les fractures internes du pays et non sur les négociations avec l’agresseur extérieur .

Un calendrier et une mise en œuvre encadrés

L’ensemble du processus est limité à trois mois maximum . Un comité d’organisation sera institué par ordonnance dans les prochains jours pour préparer le dialogue sur les plans administratif, matériel et logistique . Une commission préparatoire établira ensuite la feuille de route et conduira les consultations techniques et politiques.

Les travaux devront aboutir à l’adoption d’un « pacte national » pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, assorti d’un mécanisme de suivi et de rapports périodiques pour garantir la transparence et l’exécution des engagements . Le président a d’ailleurs insisté : « C’est par l’exécution que nous distinguerons ce Dialogue de tous ceux qui l’ont précédé » .

Cette annonce intervient alors que l’opposition politique congolaise fait front commun contre un projet de changement de la Constitution, accusé d’ouvrir la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi . Certaines voix, comme le parti Ensemble de Moïse Katumbi, ont déjà pointé une contradiction : le pouvoir refuse un dialogue politique hors de Kinshasa avec l’opposition nationale, mais accepte de négocier avec l’AFC/M23 à Doha, loin du territoire congolais . Les Églises, par la voix de la CENCO, plaident quant à elles pour un cadre extérieur jugé plus serein et rassurant .

Malgré ces réticences, le président a appelé à un sursaut national : « Face aux armes, aux divisions et aux blessures de l’histoire, nous avons toujours su chercher par la parole le chemin du compromis » . La crédibilité du processus dépendra désormais de sa capacité à rassembler effectivement l’ensemble des forces vives de la nation, dans un pays où les dialogues passés se sont trop souvent soldés par des accords restés lettre morte.

Par Jérôme Wailifu 

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