Burkina Faso : Yacouba Isaac Zida brise le silence « Le pays ne se porte pas mieux »
Plus d’une décennie après avoir dirigé la transition burkinabè, l’ancien chef de l’État Yacouba Isaac Zida sort de son silence. Dans les colonnes du Courrier Confidentiel, l’ancien lieutenant-colonel dresse un constat sans concession de la situation nationale : le Burkina Faso, affirme-t-il, demeure confronté à de profondes difficultés institutionnelles, politiques, sécuritaires et sociales.
Selon les propos relayés par nos confrères, Yacouba Isaac Zida estime que le pays « ne se porte pas mieux » qu’à l’époque où il en assurait la direction transitoire. Un jugement qui résonne comme une mise en garde, alors que le Burkina Faso traverse depuis plusieurs années une crise multidimensionnelle d’une gravité inédite.
L’ancien président de la Transition (1er au 21 novembre 2014) pointe notamment les fractures institutionnelles qui continuent de fragiliser l’État, les tensions politiques persistantes, l’insécurité galopante dans plusieurs régions du pays ainsi que les difficultés sociales qui pèsent sur les populations.
Une transition éclair devenue un point de repère
Pour mémoire, Yacouba Isaac Zida avait accédé à la tête de l’État le 1er novembre 2014, au lendemain de l’insurrection populaire qui avait provoqué la chute de Blaise Compaoré après vingt-sept années au pouvoir. Son passage à la présidence de la Transition fut bref — vingt et un jours — avant qu’il ne cède la place à Michel Kafando, tout en conservant le poste de Premier ministre jusqu’en 2015.
Depuis, l’homme a quitté le devant de la scène politique burkinabè. Poursuivi par la justice militaire pour des faits de désertion et visé par d’autres dossiers judiciaires, il réside en exil et bénéficierait du statut de réfugié politique au Canada.
Les déclarations de l’ancien dirigeant interviennent dans un contexte sécuritaire particulièrement préoccupant. Ces derniers mois, le Burkina Faso a été le théâtre d’attaques meurtrières attribuées à des groupes jihadistes, notamment dans le nord du pays, où des civils engagés aux côtés de l’armée ont été pris pour cible.
Le gouvernement a répondu par le lancement de l’opération « WIBGA-2 » en avril 2026, destinée à renforcer la sécurité intérieure et à mobiliser la population dans une démarche de « co-production » de la sécurité. Les autorités appellent les citoyens à signaler tout comportement suspect, des achats inhabituels de vivres à l’occupation soudaine de logements par des individus refusant tout contact avec le voisinage.
Sur le plan politique, la junte au pouvoir a dissous l’ensemble des partis politiques en janvier 2026, une décision justifiée par la nécessité de « préserver l’unité nationale » et de « refonder l’État ».
Malgré son éloignement géographique et politique, Yacouba Isaac Zida demeure une figure dont la parole porte. Son regard sur l’évolution du Burkina Faso, plus de dix ans après avoir quitté le pouvoir, rappelle que les fractures ouvertes en 2014 n’ont jamais véritablement été refermées.
Reste à savoir si cette prise de parole isolée trouvera un écho dans un pays où l’espace politique et médiatique se réduit d’année en année. Une chose est sûre : pour l’ancien homme fort de la Transition, le constat est sans appel.
Par Francis Kaboré

