Monde : Sous pression américaine, l’Autriche refuse l’entrée au patron du nucléaire iranien
Mohammad Eslami, chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, ne pourra ni assister à l’ouverture de la conférence générale de l’AIEA à Vienne, ni y prononcer son discours. Washington a fait pression pour que sa demande d’exemption aux sanctions soit rejetée.
Ce qui devait être une réunion technique internationale s’est transformé, à la veille de son ouverture, en un affrontement diplomatique. Mohammad Eslami, le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, s’est vu refuser l’entrée sur le territoire autrichien. Il ne pourra donc pas participer à la conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui s’ouvre ce lundi à Vienne.
Une exemption aux sanctions bloquée par Washington
Selon des responsables informés, l’Autriche, en sa qualité de pays hôte du siège des Nations unies à Vienne, avait sollicité auprès du comité des sanctions de l’ONU une exemption temporaire à l’interdiction de voyager visant Eslami, afin de lui permettre de se rendre à la conférence. Cette demande n’a finalement pas abouti. Bloomberg, citant un responsable américain, rapporte que Washington a explicitement plaidé pour son rejet.
Depuis sa nomination à la tête de l’organisation iranienne en 2021, Eslami participait chaque année à la conférence générale de l’AIEA et y prononçait un discours. C’est la première fois qu’il en est empêché.
Téhéran dénonce un « blocage » américain
La télévision d’État iranienne se montre plus directe encore. Selon elle, Eslami et sa délégation avaient embarqué samedi à bord d’un vol régulier à destination de Vienne, mais ont été « interceptés en cours de route en raison de l’obstruction américaine ». Le haut responsable iranien a finalement dû rebrousser chemin vers Téhéran.
Le ministère iranien des Affaires étrangères a réagi promptement en convoquant le représentant diplomatique autrichien à Téhéran pour protester. « Le refus de délivrer un visa sous la pression américaine ne dégage pas l’Autriche de sa responsabilité dans cet acte », a déclaré le porte-parole du ministère, Esmaïl Baghaï.
Cet incident intervient dans un contexte de vives tensions entre les États-Unis et l’Iran. Après les frappes israéliennes et américaines de juin 2025 contre des sites nucléaires iraniens, Téhéran a cessé d’ouvrir aux inspecteurs de l’AIEA les sites concernés, alors que, en vertu du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, la République islamique reste juridiquement tenue de coopérer avec l’agence onusienne.
Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, prévoit quant à lui d’assister à cette conférence de l’AIEA et d’y prendre la parole. Il devrait y avertir Téhéran qu’il doit coopérer pleinement avec l’agence et renoncer définitivement à toute ambition nucléaire militaire.
Une conférence qui se tient sans l’Iran à sa tribune
La 70ᵉ conférence générale de l’AIEA se déroule du 14 au 18 septembre au Centre international de Vienne, réunissant des milliers de représentants des 181 États membres. Au programme : sûreté nucléaire, coopération technique, non-prolifération, et adoption de résolutions qui orienteront les travaux de l’agence pour l’année à venir.
Mais dans les discussions consacrées au dossier nucléaire iranien, le plus haut responsable technique de Téhéran brillera par son absence. Selon Bloomberg, c’est un responsable iranien de rang inférieur qui le remplacera. Ce changement de siège, silencieux, dit beaucoup de la fracture qui ne cesse de se creuser entre l’Iran et l’Occident.
Par Frédéric Konaté

