Afrique : UTA 772 : 37 ans après, 170 vies fauchées dans le désert du Ténéré
Il y a 37 ans, jour pour jour, le vol UTA 772 reliait Brazzaville à Paris via N’Djamena. Le 19 septembre 1989, le DC-10 explose en plein vol au-dessus du désert du Ténéré, au Niger. À bord, 156 passagers et 14 membres d’équipage. Aucun survivant. L’enquête établira qu’une bombe placée dans la soute avant est à l’origine de l’explosion. En 1999, la justice française condamnera par contumace six ressortissants libyens à la réclusion criminelle à perpétuité. Près de quatre décennies plus tard, cette catastrophe demeure l’un des attentats les plus meurtriers de l’histoire de l’aviation civile française.
Le vol UT772 avait décollé de Brazzaville, en République du Congo, avec une escale à N’Djamena, au Tchad, avant de mettre le cap sur Paris-Charles-de-Gaulle. Ce 19 septembre 1989, à 13h13, l’appareil quitte N’Djamena et grimpe à son altitude de croisière, 35 000 pieds. Tout est nominal.
Quarante-six minutes plus tard, à 13h59, une explosion déchire la soute avant, à l’emplacement 13R. L’explosion arrache instantanément une partie du fuselage. Le cockpit se sépare du reste de l’appareil. Le DC-10 se disloque au-dessus du Ténéré. Sur les écrans radar, l’UT772 disparaît. Pas d’appel de détresse. Pas de dernière communication.
Au matin du 20 septembre, les équipes de recherche découvrent les débris à environ 650 kilomètres au nord de N’Djamena. Les fragments sont dispersés sur une centaine de kilomètres carrés de sable.
170 victimes, 18 nationalités, aucune exception
À bord se trouvaient 156 passagers et 14 membres d’équipage.
Leurs nationalités s’étendaient sur trois continents : 54 Français, 48 Congolais, 25 Tchadiens, 9 Italiens, 8 Américains, 5 Camerounais, 4 Britanniques, ainsi que des ressortissants canadiens, maliens, suisses et belges. Parmi les victimes figurait Bonnie Pugh, épouse de l’ambassadeur des États-Unis au Tchad, Robert Pugh.
L’enquête confirmera que l’explosif utilisé était du tétranitrate de pentaérythritol (PETN), une charge puissante et sensible, dissimulée dans un bagage placé au niveau du conteneur 13R. Le point d’embarquement le plus probable était l’aéroport de Brazzaville. À l’époque, les mesures de sûreté de cet aéroport ne répondaient pas aux normes de l’OACI, laissant un vide fatal dans la chaîne de contrôle.
De l’enquête au procès, une traque longue de dix ans
Le juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière a dirigé l’instruction. Les pistes ont rapidement mené aux services de renseignement libyens. Le mobile retenu : des représailles après le soutien de la France au Tchad lors du conflit tchado-libyen (1978-1987).
En 1999, la cour d’assises de Paris condamne par contumace six Libyens à la réclusion criminelle à perpétuité. Parmi eux, Abdallah Senoussi, beau-frère de Mouammar Kadhafi et numéro deux des services de renseignement libyens, désigné comme l’organisateur de l’attentat. Figure également Abdallah Elazragh, premier conseiller à l’ambassade de Libye à Brazzaville, qui aurait remis la valise piégée au porteur.
L’enquête révélera un détail tragique : la personne transportant la bombe devait descendre à N’Djamena, mais ne fut pas autorisée à quitter l’appareil. Elle est morte avec tous les autres passagers.
En 2003, la Libye reconnaît officiellement la responsabilité de ses agents et accepte de verser 1 million de dollars par famille de victimes. Aux États-Unis, une autre procédure condamne le gouvernement libyen et six responsables à verser environ 6 milliards de dollars.
Dans le désert du Ténéré, à environ 10 kilomètres du point d’impact, un mémorial se dresse toujours. Il a été financé par l’association des familles de victimes, pour un coût de 400 000 euros, prélevé sur les intérêts des indemnités libyennes.
Le monument porte les 170 noms. Son emplacement a été choisi avec soin : il se trouve exactement sous la trajectoire des avions empruntant le même couloir aérien, afin que chaque passager survolant ce désert puisse l’apercevoir par le hublot.
D’autres lieux de mémoire existent à N’Djamena, Brazzaville et au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.
Trente-sept ans plus tard. Le sable a recouvert les débris. Mais les noms, eux, tiennent toujours.
Par Issa Abdou

