Soudan : Visas refusés : Al-Burhan renonce à l’ONU et défie Washington

 

Privé de visa américain, le chef du Conseil souverain soudanais a décidé de ne pas se rendre à New York pour l’Assemblée générale des Nations unies. Les États-Unis auraient conditionné la délivrance du précieux sésame à la signature d’une trêve de 90 jours. Une exigence que le dirigeant soudanais a rejetée avec fracas.

La scène aurait pu se jouer dans n’importe quel thriller diplomatique. Elle s’est déroulée dans les couloirs feutrés des Nations unies, à New York, où les dirigeants du monde entier se pressent chaque année pour faire entendre leur voix. Sauf que cette fois, l’un d’entre eux n’a pas pu franchir la porte.

Le général Abdel Fattah al-Burhan, président du Conseil souverain soudanais et homme fort de Khartoum, n’a pas fait le déplacement pour la 81e Assemblée générale de l’ONU. En cause : un visa américain refusé. Selon plusieurs sources concordantes, Washington aurait lié l’octroi du document à l’acceptation d’une trêve de 90 jours dans le conflit qui ravage le Soudan depuis 2023.

Une condition que le dirigeant soudanais a balayée d’un revers de main.

« Nous n’avons besoin de l’autorisation de personne »

Depuis Khartoum, Al-Burhan a répliqué avec la fermeté d’un homme qui refuse de plier. « Nous n’avons besoin de l’autorisation de personne. Nous resterons ici pour mourir avec vous », a-t-il lancé, selon des propos rapportés par plusieurs médias.

Une formule qui claque comme un défi adressé à Washington, mais aussi comme un rappel : le Soudan, dit-il, n’a pas à mendier son droit de parole sur la scène internationale.

Le message est d’autant plus fort que le geste américain s’apparente, aux yeux de Khartoum, à une ingérence pure et simple. Refuser un visa à un dirigeant invité par l’ONU, c’est porter atteinte à la vocation universelle de l’organisation. Une décision qui a d’ailleurs fait réagir le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui a exprimé son regret face à cette situation.

Derrière l’incident protocolaire se cache un rapport de force bien plus profond. Les États-Unis, qui ont multiplié ces derniers mois les pressions sur les belligérants soudanais, entendent imposer un cessez-le-feu que ni l’armée régulière ni les Forces de soutien rapide (FSR) n’ont véritablement intérêt à respecter sur le terrain.

Conditionner un visa à une signature de trêve, c’est transformer une enceinte diplomatique en levier de négociation. Une méthode qui, visiblement, n’a pas produit l’effet escompté à Khartoum.

Al-Burhan, lui, a choisi de transformer son absence en tribune. En refusant de se rendre à New York, il envoie un message clair à sa base : il ne cède pas aux injonctions extérieures, quitte à sacrifier une occasion de s’exprimer devant le monde.

Un conflit sans fin

Cette passe d’armes diplomatique intervient alors que la guerre au Soudan continue de faire des ravages. Depuis avril 2023, les combats entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide ont causé des dizaines de milliers de morts et poussé des millions de personnes sur les routes de l’exil.

Dans ce contexte, l’épisode du visa refusé illustre une réalité plus large : la communauté internationale, malgré ses déclarations, peine à peser sur le cours d’un conflit qui s’enlise. Et les protagonistes, eux, savent jouer de cette impuissance.

Al-Burhan, privé de tribune new-yorkaise, a finalement choisi d’en faire une autre. Celle de l’homme qui refuse de plier, et qui l’affirme haut et fort.

Par Issa Abdou 

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