Monde : Les États-Unis ont retiré en urgence 12 bombardiers B-1 de la base britannique de Fairford, invoquant des menaces « liées à l’Iran »

 

Le Pentagone a confirmé dimanche le redéploiement précipité de la totalité de ses bombardiers stratégiques B-1 vers les États-Unis. Le président Donald Trump a évoqué des « menaces » dont il estime qu’elles seraient « liées à l’Iran ». Londres affirme que la base reste sûre, mais l’épisode est vécu comme embarrassant au Royaume-Uni.

 

C’est une évacuation qui a pris de court jusqu’aux observateurs les plus aguerris. Dimanche 4 octobre, les États-Unis ont retiré en urgence la totalité de leurs bombardiers B-1 Lancer déployés sur la base aérienne de Royal Air Force Fairford, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Selon des responsables américains cités par le New York Times, la décision a été prise après réception de renseignements alarmants faisant état d’un projet d’attaque soutenu par l’Iran contre la base .

Le Pentagone a confirmé le redéploiement dans un communiqué laconique : « Nous pouvons reconnaître à présent que tous les bombardiers américains déployés à RAF Fairford ont été redéployés vers leurs bases d’attache aux États-Unis » . Le communiqué précise que « les exigences de sécurité opérationnelle nous ont empêchés de confirmer en temps réel le mouvement de nos actifs et de nos forces » .

Selon deux responsables américains cités par le New York Times, les commandants ont reçu de nouvelles menaces concernant un complot « soutenu par l’Iran » contre la base, et la situation est devenue urgente dans les 24 heures précédant le retrait . Un responsable américain a qualifié l’incident de « menace du monde réel » .

L’urgence était telle que, selon la BBC, les avions ravitailleurs nécessaires pour traverser l’Atlantique étaient encore en cours d’avitaillement au moment où les équipages des B-1 ont reçu l’ordre de décoller précipitamment . Trois des appareils ont atterri dans le Dakota du Sud dimanche, selon des responsables américains cités par le New York Times .

Trump évoque des « menaces » liées à l’Iran

Interrogé à la Maison-Blanche lundi, le président Donald Trump a confirmé que des « menaces » avaient motivé le retrait. « Il y avait certaines menaces », a-t-il déclaré. « Et plutôt que de tenter l’ennemi  nous capturerons l’ennemi et nous le battrons, mais pourquoi devrions-nous les laisser là-bas ? Donc nous les avons déplacés un peu, pas très loin » .

Trump a ajouté que Washington « connaît les personnes qui ont proféré la menace » et que celles-ci « seraient liées à l’Iran » . Il n’a pas souhaité commenter les informations faisant état de drones d’attaque, se contentant d’avertir : « Si c’est le cas, ils souffriront grandement » .

Cet épisode s’inscrit dans un contexte de tensions exacerbées entre Washington et Téhéran. En mars 2026, le Royaume-Uni avait autorisé les États-Unis à utiliser Fairford pour des « opérations défensives spécifiques » visant l’Iran . La base est le seul site britannique sur le territoire métropolitain utilisé à cette fin .

L’incident déclencheur remonte au 27 septembre. Ce jour-là, un fermier local a alerté la police après avoir vu trois camionnettes bloquant une route et un groupe d’hommes masqués prenant la fuite près du périmètre de la base . L’alerte a entraîné l’évacuation de 85 foyers dans les environs . Les enquêteurs n’ont trouvé aucun explosif dans les véhicules, mais « une quantité d’essence a été récupérée », selon la police antiterroriste .

Six personnes, dont un binational britannico-iranien, ont été arrêtées puis remises en liberté sous caution. Cette libération a suscité la désapprobation de Washington. « Je ne l’aurais pas fait », a déclaré Trump .

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a tenté de minimiser l’incident, affirmant que Washington avait « confiance dans la sécurité de toutes nos bases » et saluant la coopération britannique . Le porte-parole du Premier ministre britannique Andy Burnham a pour sa part affirmé que la base restait « sûre », tout en refusant de commenter les décisions militaires d’un pays étranger .

Mais pour la BBC, il est « difficile de ne pas conclure » que cet épisode constitue un moment embarrassant pour le Royaume-Uni . Le général Sir Richard Barrons, ancien haut gradé des forces armées britanniques, a résumé la situation : « Nous vivons désormais dans un monde où un drone à 1 000 livres peut détruire l’un de ces appareils. Je ne sais pas quelle était la menace, mais la chose la plus prudente à faire était de les retirer vers le Texas, étant donné qu’ils ne faisaient pas grand-chose sur le moment » .

Le retrait de douze bombardiers B-1 Lancer, chacun d’une valeur estimée à environ 330 millions de dollars, constitue un revers opérationnel symbolique. Ces appareils étaient déployés à Fairford depuis sept mois pour frapper des sites de lancement de missiles iraniens . Le fait qu’ils aient été renvoyés vers leurs bases d’attache aux États-Unis, plutôt que redéployés vers une autre base régionale, est jugé inhabituel par un responsable américain cité par CNN .

Le Pentagone a tenu à souligner que les bombardiers, y compris les B-1, B-2 et B-52, « restent prêts à fournir des capacités de frappe globale de précision — y compris par des opérations lancées et récupérées depuis les États-Unis continentaux — n’importe où, n’importe quand » .

L’Iran a « catégoriquement rejeté et fermement condamné » les spéculations sur son implication dans l’incident de Fairford, selon son ambassade à Londres . Mais les menaces de Téhéran contre les bases américaines restent explicites. Le commandant Ali Fadavi, chef du groupe consultatif du Corps des gardiens de la révolution islamique, a averti dimanche que l’Iran ciblerait « chaque lieu lié aux Américains, les bases américaines et chaque navire lié aux Américains » en cas d’invasion terrestre .

Par Cherif Keita 

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