Cameroun : Le CNC ordonne à Canal+ de retirer à nouveau Vision 4, défiant le ministre Sadi
Le Conseil national de la communication (CNC) a ordonné, ce mardi 6 octobre, au groupe Canal+ International de couper sans délai le signal de Vision 4. Cette décision intervient seulement quatre jours après que le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, avait exigé le rétablissement immédiat de la chaîne. Ce face-à-face révèle un conflit d’autorité entre le régulateur des médias et le ministère de tutelle.
Dans un courrier adressé au responsable des Affaires publiques Afrique francophone de Canal+ International à Paris, le président du CNC, Joseph Chebonkeng Kalabubsu, affirme avoir découvert « via les réseaux sociaux » que Vision 4 était de nouveau diffusée. Pour le régulateur, cette réactivation va à l’encontre de la sanction du 29 septembre, qui suspendait la chaîne pour un mois. Le CNC avertit qu’il pourrait constater une « défiance » de Canal+ et appliquer les mesures réglementaires à sa disposition.
Cette injonction contredit directement la position du ministre de la Communication. Le 2 octobre, René Emmanuel Sadi avait écrit à la directrice générale de Canal+ Cameroun pour demander la reprise de la diffusion, estimant que l’arrêt de Vision 4 menaçait l’équilibre médiatique et portait atteinte à l’emploi et à l’économie nationale. Canal+ avait alors rétabli le signal.
Le courrier du président du CNC soulève une question de fond sur les relations entre le régulateur et le ministère. Joseph Chebonkeng Kalabubsu rappelle que le CNC est une « Autorité administrative indépendante de régulation des médias », comparable à l’ARCOM en France. Il affirme clairement que le CNC « n’est nullement placé sous la tutelle du Ministère de la Communication ».
Cette prise de position est d’autant plus significative que le ministère présente publiquement René Emmanuel Sadi comme le « ministre de tutelle ». Le président du CNC évoque même, non sans ironie, une possible « instruction » que Canal+ aurait découverte par les réseaux sociaux, sans nommer directement le ministre.
La situation s’est encore compliquée avec l’entrée en scène du juge administratif. Le Tribunal administratif de Yaoundé a ordonné, le 1er octobre, le sursis à exécution des sanctions du CNC contre Vision 4 et certains de ses responsables. Le ministère de la Communication a par ailleurs reçu, le 2 octobre, une délégation de la chaîne menée par son directeur général des médias, Boni Philippe.
Le dossier cumule désormais plusieurs niveaux : une sanction du régulateur, une intervention du ministre, une réactivation du signal par Canal+, une nouvelle injonction du CNC et une procédure judiciaire. L’enjeu dépasse la simple suspension d’une chaîne : il concerne la répartition des compétences entre le régulateur, le gouvernement, le diffuseur et le juge administratif.
Canal+ se trouve ainsi au centre d’un bras de fer où le CNC et le ministère de la Communication revendiquent chacun leur autorité sur la régulation des médias au Cameroun.
Par Georges Domo

