Niger : Moussa Kaka est vivant, le gouvernement admet enfin le détenir
Un mois de flou, puis un aveu. Niamey a reconnu, mardi 6 octobre, détenir le journaliste Moussa Kaka, disparu depuis le 31 août. Une confirmation livrée à Reporters sans frontières par le ministre de la Justice, Alio Daouda, qui met fin à des semaines d’incertitude sans pour autant lever toutes les inquiétudes.
Pendant plus de trente jours, sa famille, ses confrères et les organisations de défense des droits humains ont cherché une réponse. Ce mardi 6 octobre, ils en ont obtenu une, partielle mais décisive : Moussa Kaka est vivant, et c’est l’État nigérien qui le détient.
L’information a été transmise à Reporters sans frontières par Alio Daouda, ministre de la Justice et des Droits humains. Selon les propos rapportés par l’organisation, le journaliste de la Radio Télévision Saraounia serait « en vie », et sa famille en aurait été informée. Une prise de parole officielle inédite depuis que l’homme de 40 ans de carrière a quitté les locaux de sa rédaction, à Niamey, dans la soirée du 31 août 2026.
Genève, puis RSF : la lente reconnaissance d’une détention
Cette confirmation n’est pas tombée de nulle part. Le 25 septembre, devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève, Alio Daouda avait déjà été interpellé sur ce dossier, après une intervention de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (Raddho). Le ministre avait alors écarté l’idée d’une disparition orchestrée par l’État : « Personne n’est disparu au Niger », avait-il lancé, avant d’assurer que « le Niger ne fait pas disparaître ses citoyens ».
Mais dans la même respiration, il avait reconnu que Moussa Kaka était « détenu », qu’il aurait commis des « infractions », et qu’il devrait « répondre devant les juridictions ». Un aveu à demi-mot, qui demandait à être confirmé. C’est chose faite depuis mardi.
RSF salue une « preuve de vie », mais ne lâche rien
Pour Reporters sans frontières, cette annonce constitue d’abord un immense soulagement : le journaliste est en vie. Mais l’organisation refuse de s’arrêter à cette bonne nouvelle. Elle continue de qualifier la situation de « disparition forcée » et de « détention arbitraire », tant que plusieurs garanties élémentaires ne sont pas respectées.
RSF réclame ainsi que Moussa Kaka puisse recevoir la visite de sa famille et être assisté d’un avocat. L’organisation exige aussi que Niamey précise le lieu exact de sa détention et la nature précise des faits qui lui sont reprochés.
« C’est un soulagement. C’est aussi une preuve de vie pour Moussa Kaka », a réagi Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique de RSF. Selon lui, les déclarations du ministre permettent de dissiper une partie du brouillard entourant cette affaire.
« Les autorités confirment leur lien avec sa disparition »
Le responsable de RSF va plus loin. Pour lui, l’aveu du gouvernement nigérien établit désormais un lien direct entre l’État et la disparition du journaliste. « La déclaration faite par le ministre de la Justice et des Droits humains lève, en quelque sorte, le voile qui subsistait sur la disparition forcée de ce journaliste aux 40 ans de carrière », a-t-il analysé.
« Pour nous, les autorités confirment leur lien avec sa disparition », a-t-il insisté, rappelant que pendant plus d’un mois, proches, confrères et ONG ont réclamé en vain des informations sur son sort.
RSF ne se contente pas de la reconnaissance de la détention. L’organisation appelle Niamey à respecter les droits fondamentaux de Moussa Kaka et à le libérer sans délai. « Nous continuons à appeler les autorités à mettre un terme à cette situation révoltante en le libérant immédiatement », a conclu Sadibou Marong.
Reste une question, à laquelle Niamey n’a toujours pas répondu : où se trouve Moussa Kaka, et dans quelles conditions y est-il détenu ?
Par Cherif Keita

