Monde : Les Houthis menacent de frapper les États-Unis et tous leurs intérêts au Moyen-Orient
Les Houthis ont lancé un avertissement sans précédent aux États-Unis. Si Washington entre en guerre au Yémen aux côtés de l’Arabie saoudite, la riposte sera « rapide et douloureuse », prévient Mohammed al-Bukhaiti, membre du bureau politique du mouvement yéménite. Il appelle également les travailleurs des installations pétrolières et des aéroports saoudiens à s’éloigner de ces sites, désormais considérés comme des cibles légitimes. Ces menaces interviennent alors que Donald Trump envisage de rejoindre les frappes saoudiennes contre les Houthis.
Une menace directe contre les intérêts américains
Mohammed al-Bukhaiti a été explicite dans ses déclarations à l’AFP : « Si l’Amérique s’implique dans l’agression contre le Yémen, nous n’hésiterons pas sur la réponse à apporter. La réponse sera rapide et douloureuse, et visera l’Amérique et tous ses intérêts dans la région. »
C’est la première fois que les Houthis menacent aussi directement les intérêts américains au Moyen-Orient. Le responsable politique a également averti les employés des installations pétrolières et des aéroports saoudiens, les appelant à s’en éloigner immédiatement, affirmant que ces sites sont « désormais des cibles légitimes ».
Le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a ensuite publié les coordonnées de plusieurs sites en Arabie saoudite, ce qui a été interprété comme un avertissement de frappes imminentes.
Ces menaces surviennent alors que l’Arabie saoudite a demandé une aide défensive urgente aux États-Unis après l’attaque meurtrière contre l’aéroport international King Khalid de Riyad. Les responsables saoudiens ont indiqué que Washington devait « intervenir rapidement ».
Interrogé le 10 octobre sur un éventuel soutien aux frappes saoudiennes contre les Houthis, Donald Trump a déclaré : « C’est possible. Nous allons étudier la question. » Il a ajouté qu’une décision pourrait être prise « bientôt ».
Le président américain a également évoqué la possibilité d’impliquer la Turquie, affirmant avoir « beaucoup de respect pour le président Erdogan ». La Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan ont signé en août un pacte de défense mutuelle prévoyant qu’une attaque armée contre l’un des trois pays serait considérée comme une attaque contre les trois.
L’attaque de l’aéroport de Riyad, point de bascule
L’escalade actuelle trouve son origine dans l’attaque du 10 octobre contre l’aéroport international King Khalid de Riyad. Selon les autorités saoudiennes, le bilan est d’au moins 13 morts et plus de 300 blessés, ce qui en fait l’attaque la plus meurtrière en Arabie saoudite depuis plus d’une décennie.
Les Houthis ont revendiqué cette attaque, présentée comme une réponse aux 119 frappes aériennes saoudiennes menées en 24 heures contre le Yémen. Le porte-parole militaire houthi, Yahya Saree, a indiqué que l’organisation avait mené quatre opérations de missiles et de drones contre des cibles en Arabie saoudite au cours des dernières 24 heures, visant les aéroports de Riyad et de Dammam ainsi que deux installations de Saudi Aramco dans la province orientale.
La coalition dirigée par Riyad a qualifié cette attaque de « crime de guerre ». L’Arabie saoudite a promis une « réponse sérieuse ». Le ministre saoudien de l’Énergie, Abdelaziz ben Salmane, a déclaré : « Les événements des dernières semaines sont graves. Notre réponse doit être tout aussi sérieuse. »
L’atmosphère reste tendue dans la capitale saoudienne. Dans la nuit du 12 octobre, les téléphones des habitants de Riyad ont reçu une alerte gouvernementale les avertissant d’une « menace aérienne hostile », avant que les autorités n’annoncent une interception réussie. C’est la première fois en plusieurs semaines que le système d’alerte par téléphone mobile est activé à Riyad.
L’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, a averti devant le Conseil de sécurité le 9 octobre que le pays « a replongé dans une guerre totale », les hostilités s’étendant sur plusieurs fronts. Il a souligné que les civils subissent à nouveau de plein fouet l’escalade de la violence, alors que le Yémen est classé par le FMI parmi « les pays les plus pauvres du monde ».
Les Houthis ont récemment étendu leur contrôle sur de nouvelles zones et intensifié leurs opérations militaires, tandis que la communauté internationale peine à relancer un processus de paix durablement enlisé.
Par Cherif Keita

