Russie: Insécurité:  le sommet toujours prévu à Moscou ?

 

À deux semaines du troisième Sommet Russie-Afrique, prévu les 28 et 29 octobre 2026 à Moscou, l’hypothèse d’une délocalisation est évoquée en raison des attaques de drones, des fermetures d’aéroports et des inquiétudes sanitaires.

Officiellement, les préparatifs se poursuivent dans la capitale. Mais, en coulisses, un scénario alternatif circule : déplacer la rencontre dans une autre ville russe. Aucune annonce officielle n’a été faite mais le contexte sécuritaire et sanitaire fait de plus en plus pencher la balance pour ce scénario.
Moscou sous la menace des drones
Depuis la semaine dernière, la Russie a connu une vague d’attaque de drone massive sur son territoire. Ces incidents s’inscrivent dans une escalade qui expose les infrastructures de la capitale et fait peser une menace croissante sur la vie quotidienne de ses habitants.

– 11 octobre. Les quatre aéroports de Moscou de nouveau paralysés. Les aéroports de Cheremetyevo, Vnoukovo, Domodedovo et Joukovski ont temporairement suspendu leurs opérations en raison de la menace de drones. Selon les autorités russes, au moins 23 drones ont été abattus aux abords de la capitale et 25 appareils en approche ont été déroutés vers d’autres aéroports. Cette répétition des fermetures souligne la vulnérabilité du principal carrefour aérien du pays ;[ https://dpa-international.com/politics/urn:newsml:dpa.com:20090101:261011-930-824890/ ]

– 10 octobre. Nouvelle offensive aérienne perturbe le trafic à Moscou. Le maire de Moscou, Sergueï SOBIANINE, a affirmé que 403 drones avaient été dirigés vers la région entre la soirée du 9 au 10 octobre. Plus de 370 vols auraient été retardés dans les aéroports moscovites, selon des médias locaux. Les restrictions ont été temporaires mais leur répétition témoigne de la difficulté à garantir la continuité du trafic aérien civil dans la capitale ;[ https://www.facebook.com/100089774110537/posts/1096160763386384/ ]

– 9 octobre. L’ensemble du dispositif aéroportuaire moscovite placé sous restrictions. Les quatre aéroports de la capitale ont activé le plan d’urgence « Tapis », qui impose des restrictions temporaires aux mouvements aériens en cas de menace. [ https://www.ukrinform.fr/amp/rubric-ato/4172811-moscou-et-sa-region-sont-la-cible-dattaques-de-drones-et-de-ballons-quatre-aeroports-sont-fermes.html ]

Les autorités ont annoncé avoir détruit 15 drones en approche de Moscou. Des ballons de reconnaissance ukrainiens auraient également été abattus dans la région de IAROSLAVL ; [ https://www.themoscowtimes.com/2026/10/09/all-4-moscow-airports-restrict-flights-amid-drone-attack-a93936 ]
– 6 octobre. Selon le maire de Moscou, plus de 650 drones se sont diriger vers la capitale au cours de la nuit. Le gouverneur de la région, Andreï VOROBIOV, a annoncé deux morts et neuf blessés. Quarante-sept maisons, quatre appartements et trois véhicules auraient été endommagés.

Des blogueurs militaires russes ont également signalé un impact sur un site de stockage et de distribution de carburant de VOLODARSKAÏA, important pour l’approvisionnement des aéroports de la capitale. [ https://www.aljazeera.com/news/2026/10/6/ukraine-launches-major-drone-attack-on-russias-moscow-region-killing-two ]
Ces attaques contre Moscou ne sont que la partie la plus visible d’une pression qui s’accumule depuis plusieurs mois sur le territoire russe.

– 25 septembre. Dans la région d’OULIANOVSK, huit personnes, dont un enfant, sont blessées lors d’une attaque de drones. Dans la région de Belgorod, un civil est tué et un autre blessé. À Voronej, quatre personnes sont blessées et des immeubles résidentiels ainsi que des véhicules sont endommagés ;[ https://www.investing.com/news/world-news/eight-injured-in-drone-attack-in-russias-ulyanovsk-region-one-killed-in-belgorod-region-4916592 ]

– 20 septembre. Une attaque massive de drones ukrainiens vise Moscou et sa région, au dernier jour des élections législatives russes. Selon les autorités russes, des centaines de drones ont ciblé la capitale et sa périphérie. Plusieurs ont atteint la raffinerie de pétrole de Moscou et un immeuble résidentiel a été endommagé. Au moins trois personnes sont tuées dans la région de Moscou, tandis que des habitations et des infrastructures sont touchées.
– 3 septembre. Un vol Air Tanzania a été dérouté vers Saint-Pétersbourg après le maintien de la fermeture de l’aéroport de Vnukovo. La compagnie a temporairement suspendu sa liaison avec Moscou avant de la reprendre.[ https://migflug.com/afterburner/moscow-drone-attack-400-flights-delayed-diversions-september-2026/ ] L’EASA recommande jusqu’au 31 janvier 2027 d’éviter l’espace aérien russe à l’ouest du 60e méridien Est dont Moscou.[ https://www.easa.europa.eu/en/domains/air-operations/czibs/2025-01-r3 ]

Si la majorité des drones annoncés par Moscou ont été interceptés avant d’atteindre leurs cibles, leur multiplication et la répétition des alertes révèlent les difficultés auxquelles la défense aérienne russe est confrontée. Cette succession d’attaques remet en cause sa capacité à protéger simultanément la capitale, les grandes villes et les infrastructures stratégiques du pays.

Sites sensibles et alerte sanitaire
Les drones ukrainiens ont également frappé des centres de données Yandex à Sasovo, Kalouga et Vladimir ainsi des raffineries, notamment à Oukhta, perturbant des services numériques et l’infrastructure énergétique.[ https://euromaidanpress.com/2026/10/09/more-than-500-drones-by-moscows-count-kh-101-fuel-plant-second-yandex-data-center-and-a-far-north-refinery-hit/ ]

Parallèlement, la mort le 2 octobre de Daria Chipilova, technicienne de 28 ans à l’Institut anti-peste d’Irkoutsk, a déclenché une alerte. Des médias ont évoqué une possible peste pulmonaire après la rupture d’un tube à essai ; près de 200 contacts ont été isolés.[ https://www.theguardian.com/world/2026/oct/06/what-do-we-know-death-darya-shipilova-anti-plague-institute-russia-wider-risk ] Les autorités ont parlé de « pneumonie d’étiologie inconnue » et annoncé la levée des mesures, mais l’épisode a alimenté les craintes internationales.[ https://meduza.io/en/news/2026/10/08/siberian-governor-announces-all-clear-following-death-of-russian-plague-research-institute-employee ]

Si les zones majeures comme les zones ne sont plus sûres, où Vladimir Poutine compte-t-il accueillir les délégations africaines en toute sécurité ?
Une délocalisation du Sommet Russie-Afrique ?

Face aux risques croissants qui pèsent sur Moscou, la délocalisation du sommet Russie-Afrique devient une priorité. Le sommet doit projeter l’image d’une Russie stable. Or les drones, les fermetures d’aéroports ainsi que l’alerte de peste, produisent l’effet inverse. Un haut fonctionnaire cité dans les préparatifs résume le malaise : « Cela fait trois ans que nous discutons d’un sommet tenu en Afrique : cela reste lettre morte mais en plus on court maintenant le risque de se faire bombarder. »[ https://www.thisdaylive.com/2026/10/11/russias-engagement-with-africa/ ] Trois villes pourraient servir de solution de repli : Saint-Pétersbourg, Kazan, et Novossibirsk. Reste à déterminer laquelle permettrait au Kremlin de préserver l’envergure politique du sommet tout en limitant les risques pour ses invités africains.

Novossibirsk. L’option de l’éloignement maximal. Située en Sibérie occidentale, à près de 3 000 kilomètres de la frontière ukrainienne, Novossibirsk permettrait de déplacer les délégations très loin des zones russes les plus directement exposées aux frappes liées à la guerre. Troisième ville du pays par sa population, elle dispose d’un aéroport international, d’une capacité hôtelière importante mais le niveau de standing de ses infrastructures hôtelières pourrait s’avérer insuffisant au regard du rang des hautes autorités attendues au sommet.
Saint-Pétersbourg. La solution la plus naturelle sur le plan diplomatique : la deuxième ville de Russie a déjà accueilli le sommet Russie-Afrique en 2023 et dispose d’une expérience éprouvée dans l’organisation de grands événements internationaux. Située à environ 800 kilomètres de la frontière ukrainienne, elle offre un éloignement supérieur à celui de Moscou, même si elle n’est pas à l’abri des menaces aériennes.
Kazan. Un compromis entre éloignement relatif et capacité d’accueil diplomatique. Située à environ 800 à 900 kilomètres de la frontière ukrainienne, la capitale du Tatarstan a accueilli le sommet des BRICS en octobre 2024, réunissant des dizaines de délégations internationales. Cette expérience récente en fait une alternative crédible à Moscou, même si la menace des drones ne peut être considérée comme inexistante.

À deux semaines de l’échéance, le maintien à Moscou n’est plus envisageable. La délocalisation en dehors de Moscou est désormais la seule option réaliste pour la Russie et pour ses partenaires africains sinon quelle considération le Kremlin aurait pour ses homologues ?

Par NLR

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