Iran : L’ambassadeur iranien à Moscou pose un ultimatum : « Que les Américains partent, et nous assurerons la sécurité nous-mêmes »

Kazem Jalali n’est pas un diplomate qui mâche ses mots. En poste à l’ambassade d’Iran à Moscou depuis plusieurs années, il a fait de la Russie sa tribune pour porter, sans détour, la position de Téhéran sur le conflit qui l’oppose à Washington. Cette semaine encore, il a réaffirmé une ligne simple, presque brutale dans sa formulation : le retrait total des troupes américaines du Moyen-Orient est la seule issue possible.

« La seule solution, c’est que les Américains quittent cette région. Nous serons alors en mesure d’assurer la sécurité dans la région par nous-mêmes, et nous n’aurons besoin d’aucun acteur étranger venu de l’extérieur de la région », a-t-il déclaré dans un entretien accordé à la chaîne russe Vesti .

Cette sortie n’est pas une improvisation. Elle s’inscrit dans une série de prises de position qui dessinent une doctrine claire. Quelques jours plus tôt, sur la télévision russe RBC, Jalali avait déjà prévenu : Téhéran ne cherche pas la guerre aux pays voisins, mais se réserve le droit de frapper les bases américaines installées sur leur sol, d’où partent, selon lui, les attaques contre l’Iran .

« Ce n’est qu’après le retrait des Américains de ces bases militaires, et leur démantèlement complet, que nous cesserons de frapper ces cibles », avait-il affirmé, ajoutant que l’Iran ne pouvait rester indifférent tandis que son territoire était attaqué depuis ces installations .

Le ton est celui d’un homme qui ne négocie pas, mais qui constate. Et qui prévient.

« Pas de volonté sérieuse » côté américain

Sur le volet diplomatique, l’ambassadeur ne laisse guère de porte ouverte. Intervenu lors d’une conférence sur la sécurité en Asie centrale et en Afghanistan, organisée sous l’égide de l’OTSC, de la CEI et de l’OCS, il a fustigé l’attitude de Washington : « L’Iran a réaffirmé à plusieurs reprises son engagement en faveur d’une véritable diplomatie (…), mais nous ne voyons aucune volonté sérieuse de discussions réelles de l’autre côté » .

Pour lui, l’instabilité qui secoue le détroit d’Ormuz, le Golfe persique et le détroit de Bab al-Mandeb découle directement de « l’agression américano-israélienne et du blocus naval contre l’Iran » . Et de prévenir : « L’usage continu de la force et le langage des ultimatums ne donneront aucun résultat aux États-Unis » .

Une rhétorique qui se durcit à Moscou

Ce n’est pas la première fois que Jalali utilise la capitale russe comme caisse de résonance. En mars dernier déjà, il avait appelé les pays voisins à « aider à débarrasser la région de la présence américaine », décrivant des bases qui, selon lui, servent de rampe de lancement à des attaques contre l’Iran . En septembre, il avait assuré que Téhéran avait compté sur ses propres forces face aux États-Unis, sans solliciter de conseil militaire étranger .

Et à la mi-octobre, il avait vertement rejeté les déclarations de Donald Trump selon lesquelles l’Iran menacerait des villes américaines, les qualifiant de « sans fondement » et de simples « rhétorique de campagne » .

À chaque fois, le même fil rouge : l’Iran se présente en victime d’une présence militaire étrangère, et pose le départ des Américains comme condition non négociable à toute stabilité. Reste à savoir si Washington entendra cet ultimatum autrement que comme une provocation de plus.

Par Jérôme Wailifu 

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