Irak : mandat d’arrêt contre le président du Conseil provincial de Maysan après ses menaces de sécession
Mustafa Daeir al-Muhammadawi avait donné jusqu’à jeudi au gouvernement pour rouvrir le poste-frontière de Sheeb avec l’Iran, sous peine de « couper » sa province du reste du pays. Bagdad a répliqué par une action judiciaire.
La crise autour du poste-frontière de Sheeb, dans le sud-est de l’Irak, a franchi un nouveau cap. Ce lundi 26 octobre 2026, la troisième cour d’instruction de Karkh, à Bagdad, a émis un mandat d’arrêt contre Mustafa Daeir al-Muhammadawi, président du Conseil provincial de Maysan, rapporte l’agence de presse irakienne . La décision fait suite à une plainte déposée par le bureau du Premier ministre Ali al-Zaidi, visant les déclarations de l’élu menaçant de désobéissance civile et de blocage des routes .
Tout est parti de la décision de Bagdad, le 20 octobre, de fermer le poste-frontière de Sheeb, officiellement pour des raisons techniques et sécuritaires . Une mesure qui a immédiatement suscité la colère des transporteurs et des commerçants de Maysan, province frontalière de l’Iran dont l’économie dépend largement de ce passage.
Dimanche, lors d’un rassemblement de chauffeurs de camions devant le poste-frontière, Mustafa Daeir al-Muhammadawi a haussé le ton. Il a accordé au gouvernement un délai de trois jours, expirant ce jeudi 29 octobre, pour rouvrir le passage. À défaut, il a menacé de « déclarer la désobéissance civile et de bloquer toutes les routes reliant Maysan aux autres villes irakiennes » . Plus grave, il a évoqué une « sécession de la province de Maysan » si ses demandes n’étaient pas satisfaites .
L’élu, membre du mouvement pro-iranien Asaib Ahl al-Haq, a justifié sa position par les conséquences économiques de la fermeture : hausse des prix des biens et matériaux de construction, paralysie de l’activité commerciale et perturbations pour les malades contraints de se rendre en Iran .
La justice saisie, l’intéressé promet de se présenter
Le mandat d’arrêt a été délivré en vertu de l’article 224, deuxième section, du code pénal irakien de 1969, qui réprime les menaces ou moyens illégaux visant à contraindre les autorités de l’État. La peine encourue peut aller jusqu’à la réclusion à perpétuité .
Dans un communiqué publié lundi soir, Mustafa Daeir al-Muhammadawi a assuré qu’il se présenterait spontanément devant la justice, se défendant de toute attitude de hors-la-loi. « Je ne suis pas un criminel, je représente le pouvoir législatif dans la province de Maysan », a-t-il déclaré, tout en réaffirmant son refus de voir le poste-frontière demeurer fermé . Selon le journal Al-Mada, il a finalement été remis en liberté mardi après s’être conformé aux procédures judiciaires .
Au-delà du dossier judiciaire, l’affaire révèle une tension plus profonde entre le pouvoir central et les autorités locales. Des élus du Conseil provincial de Maysan ont contesté la compétence du Premier ministre pour enquêter sur un responsable élu, arguant que seule une majorité absolue du Conseil pouvait destituer son président . Le député Mohammed Jassim al-Khafaji a lui aussi mis en doute la base légale de cette procédure .
Sur le plan diplomatique, la fermeture du poste-frontière a également provoqué l’irritation de Téhéran, qui affirme ne pas avoir été prévenu par Bagdad, contrairement aux accords régissant les passages frontaliers communs . L’ambassade d’Iran en Irak a par ailleurs rejeté les accusations de contrebande de stupéfiants et de faux billets avancées par un conseiller du Premier ministre irakien .
Alors que l’ultimatum expire jeudi, la pression reste vive sur Maysan. La balle est désormais dans le camp du gouvernement irakien, sommé de choisir entre maintenir une fermeture coûteuse politiquement et rouvrir un passage au cœur de toutes les attentions.
Par Issa Abdou

