Cameroun : les 93 ans de Paul Biya et l’angoissante question de l’après
Il est au pouvoir depuis 44 ans. Il vient de rempiler pour un huitième mandat. Et à 93 ans, Paul Biya n’a toujours désigné personne pour lui succéder. Pire : en avril 2026, il a fait créer un poste de vice-président nommé et révocable par lui seul. Pendant ce temps, la jeunesse camerounaise subit un chômage endémique, la crise anglophone s’enlise, et une génération entière n’a connu que lui. Désormais, la vraie question n’est plus de savoir quand il partira, mais qui tirera les ficelles après lui.
C’est une longévité qui défie toutes les statistiques. Paul Biya, 93 ans, dont 44 passés à la tête du Cameroun depuis le 6 novembre 1982. Réélu en octobre 2025 pour un huitième mandat, il a entamé son nouveau bail dans un climat de contestation. Son principal adversaire, Issa Tchiroma Bakary, dénonce une « mascarade » électorale et vit aujourd’hui en exil. Mais au-delà de la bataille des chiffres, c’est l’avenir institutionnel du pays qui inquiète.
Un héritier désigné sur mesure
Le 14 avril 2026, le Parlement a adopté, et le président a promulgué, une révision constitutionnelle créant un poste de vice-président. Une fonction taillée sur mesure : pas d’élection sur un ticket commun, mais une nomination par le chef de l’État, qui peut le révoquer à sa guise. En cas de vacance du pouvoir, c’est cet homme qui terminera le mandat. Pour l’opposition, il s’agit d’un « coup d’État constitutionnel ». Pour le pouvoir, d’une garantie de « stabilité ». À ce jour, le poste reste vacant, mais le nom de Franck Emmanuel Biya, fils aîné du président, circule avec insistance.
Le pays qui grandit sans ses habitants
Les indicateurs économiques et sociaux dressent le portrait d’un pays à bout de souffle. Le chômage des 15-24 ans atteint 37,3 %, selon la Banque mondiale. Plus d’un tiers des 18-35 ans sont sans emploi et en recherche active, d’après Afrobarometer. La pauvreté stagne autour de 28 %. Le rapport BTI 2026 de la fondation Bertelsmann ne mâche pas ses mots : « Les contraintes structurelles sont intensifiées par une prise de décision médiocre, principalement axée sur la survie politique du régime ».
Dix ans de crise dans l’ombre
La crise anglophone, elle, entre dans sa dixième année. Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest continuent de payer un lourd tribut. Le HCR recense plus de 400 000 déplacés internes. Les attaques et les représailles se poursuivent, sans que les causes profondes du conflit ne soient véritablement traitées. Un angle mort du bilan présidentiel, que le pouvoir préfère manifestement éviter.
L’âge médian au Cameroun est de 18 ans. Pour l’écrasante majorité des Camerounais, Paul Biya est le seul président qu’ils aient jamais connu. « Un pays ne peut pas projeter son avenir dans une génération qui n’a jamais vu d’alternance », souligne l’enquête. Une phrase qui résume tout.
Trois scénarios, une même incertitude
Les observateurs esquissent trois hypothèses. La première : une transition familiale, avec la nomination d’un vice-président, probablement Franck Emmanuel Biya, qui assurerait la continuité du système. La deuxième : le pourrissement, avec un poste vacant, des élections reportées et une instabilité rampante. La troisième : une ouverture contrainte, sous pression interne et internationale, vers un scrutin plus crédible. Aucun signal ne va dans ce sens pour l’instant. Mais en politique, le silence n’est pas toujours une réponse.
La question n’est plus de savoir quand Paul Biya partira. Elle est de savoir qui décidera à sa place. Et pour l’instant, le mystère reste entier.
Par Georges Domo

