Tchad : Champion de N’Djamena, Foullah Édifice exclu des play-offs, quand le football tchadien brise les rêves d’une jeunesse
Ils étaient à Yaoundé, loin de tout, à transpirer pour préparer une saison qu’ils croyaient mériter. Ils sont revenus en apprenant qu’ils n’existaient plus aux yeux des instances. Champion en titre de la Ligue de N’Djamena, Foullah Édifice FC a été rayé de la liste des play-offs nationaux. Une décision qui intervient dans un contexte de conflits profonds, alors que le dirigeant du club, Ibrahim Foullah Wang Laouna, a été condamné à huit ans de prison. Pas un match perdu, pas un forfait, pas une faute sur le terrain : juste une décision tombée d’en haut, qui a brisé des rêves et réveillé une colère sourde dans tout le football tchadien.
Aucune convocation. Aucune notification officielle. Aucun motif clairement énoncé. Le club l’a appris comme le dernier des anonymes : en lisant une liste où son nom ne figurait pas, remplacé par Sovotours FC. Pas même le respect élémentaire d’expliquer, de justifier, de regarder ces joueurs dans les yeux et de leur dire pourquoi.
« On nous a exclus sans un mot », s’insurge le vice-président du club. Des mots simples, mais qui disent l’humiliation d’un club entier traité comme un importun. Et cette question qui tourne en boucle dans les couloirs : si Foullah Édifice a enfreint un règlement, que l’on démontre lequel. Mais si tout est en ordre, alors sur quelle base punit-on un champion ?
Des adolescents sacrifiés
Derrière les communiqués et les batailles d’ego, il y a des visages. Des jeunes de vingt ans qui ont tout donné, qui ont cru au football comme à une promesse d’avenir, et qui se réveillent un matin privés de la seule chose qu’ils possédaient : la possibilité de jouer. Leur saison ? Effacée. Leurs ambitions ? Suspendues. Leur travail ? Piétiné.
Des jeunes joueurs pleins d’ambition, sacrifiés au prix de la politique et des investissements de Foullah Édifice. Voilà ce que l’on appelle, dans les instances, « une décision sportive ». Et voilà pourquoi la colère monte, légitime, de ceux qui refusent de voir le football tchadien devenir le théâtre de règlements de comptes personnels.
Le vrai procès : celui de la gouvernance
Car l’affaire dépasse le sort d’un club. Depuis sa désignation contestée à la tête de la Fédération tchadienne de football association, Tahir Oloy Hassan semble avoir fait d’Ibrahim Foullah Wang Laouna une cible privilégiée. Une suspension de dix ans, toujours pendante devant le Tribunal arbitral du sport. Puis, aujourd’hui, le club du dirigeant écarté des play-offs. Et désormais, une condamnation à huit ans de prison prononcée contre le dirigeant, qui ajoute une dimension judiciaire à un dossier déjà explosive.
Faut-il donc punir tout un club, toute une jeunesse, pour les différends qui opposent un homme à une institution ? Le football tchadien est-il devenu un terrain de vengeance où l’on frappe les enfants pour atteindre les pères ? Pendant ce temps, quels résultats, quelles réformes, quelle ambition pour l’équipe nationale ? À défaut de convaincre par des progrès, la Fédération donne l’impression de s’enliser dans des conflits qui fragilisent chaque jour un peu plus notre football.
Le silence des autres
Et que dire de ce silence assourdissant des autres responsables de clubs ? Aujourd’hui, c’est Foullah Édifice. Demain, ce sera peut-être eux. À force de détourner le regard quand un autre est frappé, ils découvriront trop tard que personne n’est à l’abri. Le plus triste reste de voir Abdérahmane Koulamallah, figure de ce milieu depuis plus de cinquante ans, choisir de s’en éloigner, tant le climat est devenu préoccupant.
Une seule exigence : la vérité
La LINAFOOT doit parler. Dire les critères, citer les règlements, prouver que cette exclusion n’est pas une sanction déguisée. Le précédent de l’USM, qui aurait contesté son exclusion avant d’obtenir gain de cause, montre que les voies de recours existent et qu’elles peuvent faire tomber des décisions arbitraires.
Mais au-delà, c’est la crédibilité de tout le championnat national qui se joue. Le football tchadien n’est pas la propriété privée d’un homme. Le sport national n’est pas un instrument de vengeance. La présidence d’une fédération est une responsabilité au service de tous les clubs, pas un permis de régler ses comptes avec ceux que l’on considère comme des adversaires.
À N’Djamena, des jeunes attendent. Ils attendent qu’on leur rende le terrain. Ils attendent qu’on leur rende leur saison. Ils attendent, surtout, qu’on leur rende le respect. Et ce respect, aucun trophée, aucune décision de bureau, aucune condamnation ne pourra jamais le leur voler.
Par Kenzo Brown

