Afrique : Emmanuel Macron entame une tournée diplomatique décisive sur un continent en pleine recomposition
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Emmanuel Macron revient en Afrique pour une tournée stratégique de quatre jours qui le conduit à Maurice, Johannesburg, Libreville et Luanda. Un voyage dense, marqué par la volonté de réinventer une relation franco-africaine profondément secouée au cours de la dernière décennie. À chaque escale, un message différent, un enjeu distinct, mais un même objectif : redéfinir la place de la France sur un continent où les équilibres géopolitiques changent rapidement.
PORT-LOUIS — Maurice, nouvelle porte d’entrée maritime
Le 20 novembre, le président français débute son périple à Maurice, un choix stratégique plutôt qu’un geste symbolique. L’île est aujourd’hui un carrefour diplomatique où se croisent les intérêts africains, asiatiques et européens.
Paris cherche à y installer un nouveau récit : celui d’une puissance maritime engagée dans l’océan Indien, loin des réflexes de la Françafrique.
Les discussions devraient porter sur :
- la sécurité maritime et la lutte contre la pêche illégale ;
- la transition énergétique, notamment l’hydrogène vert ;
- un partenariat renforcé sur les technologies portuaires ;
- la gestion des zones économiques exclusives.
L’ombre du dossier Chagos, désormais tranché en faveur de Maurice, plane également sur les échanges. La France espère s’ancrer dans une région où elle n’est pas rejetée et où elle peut encore déployer une diplomatie « apaisée ».
JOHANNESBURG — Le premier G20 africain, un test pour Paris
Le 22 novembre, Emmanuel Macron participe au premier G20 organisé sur le continent africain, un moment historique qui consacre le poids grandissant de l’Afrique dans la gouvernance mondiale.
L’absence remarquée de Donald Trump ouvre un espace diplomatique inédit que Macron espère utiliser pour repositionner la France.
L’enjeu : convaincre une Afrique devenue exigeante.
Les capitales africaines attendent désormais :
- des mécanismes concrets de restructuration des dettes ;
- des financements crédibles pour les infrastructures vertes ;
- une place élargie dans la gouvernance internationale.
Macron veut se présenter comme médiateur entre Nord et Sud, promoteur d’un « Pacte financier pour les pays vulnérables ». Une occasion de prouver que Paris a changé de discours — et d’attitude.
LIBREVILLE — Un tête-à-tête dans un Gabon en pleine mutation
Le 23 novembre, le président français se rend à Libreville, où un nouveau pouvoir a succédé à cinq décennies de règne Bongo. Le général Brice Oligui Nguema, désormais chef de l’État, inscrit son action dans une logique de rupture : lutte contre la corruption, révision des contrats pétroliers, nouvelle diplomatie souveraine.
Dans ce contexte tendu par les procédures judiciaires visant l’ancien régime, l’entretien avec Macron est particulièrement sensible.
Parmi les dossiers centraux :
- la redéfinition de la coopération militaire française ;
- la gestion des forêts gabonaises et les crédits carbone ;
- la renégociation des contrats pétroliers impliquant des entreprises françaises ;
- la coopération judiciaire autour des affaires en cours.
Ce passage au Gabon agit comme un révélateur : Paris doit prouver qu’elle peut coopérer sans dominer, et le Gabon veut vérifier que la France a réellement changé de logiciel.
LUANDA — L’Angola, terrain économique et hub énergétique
La tournée s’achève le 24 novembre à Luanda, au cœur d’une Angola tournée vers sa diversification économique.
Le pays, longtemps dépendant du pétrole, investit désormais dans l’agro-industrie, l’eau, la logistique, les infrastructures et les énergies.
Macron arrive accompagné d’une importante délégation économique.
Les points clés :
- partenariats agricoles et infrastructures d’irrigation ;
- expertise française dans les énergies nouvelles ;
- coopération maritime dans un Golfe de Guinée frappé par la piraterie ;
- repositionnement de la France dans l’espace lusophone.
Face à la Chine, omniprésente en Angola, Paris veut proposer une alternative technique et moins fondée sur la dette, misant sur des filières durables.
HUIT ANNÉES DE RUPTURE QUI ONT TOUT CHANGÉ
Cette tournée s’inscrit dans un contexte de fracture profonde entre la France et une partie de l’Afrique.
L’éviction des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger a mis fin à trente années de présence militaire au Sahel.
La France a également engagé un travail mémoriel inédit : reconnaissance de la fusillade de Thiaroye, des violences au Cameroun et d’autres responsabilités occultées pendant des décennies.
Mais ces gestes n’ont pas suffi à résorber la défiance.
La nouvelle doctrine de Paris repose désormais sur :
- des coopérations techniques plutôt que militaires ;
- des partenariats de souveraineté ;
- un soutien à l’intégration de l’Afrique dans la gouvernance mondiale
Une tournée pour tester une nouvelle relation
Plus qu’un déplacement, cette tournée africaine est un examen de crédibilité.
Macron tente pour la première fois de proposer un modèle relationnel qui ne place plus la France au centre — mais comme un partenaire parmi d’autres, obligé de se réinventer pour rester pertinent.
Une chose est sûre : la période où Paris pouvait dicter le tempo est révolue.
L’Afrique écrit désormais sa propre musique.
La France, elle, tente de trouver le bon rythme pour continuer à danser avec elle.
Par Ousmane Diallo

