Burkina Faso : Accusée de sorcellerie, Martine Kébré retrouve sa dignité après quatre ans d’exil

L’histoire de Martine Kébré est celle d’une résilience exceptionnelle. Après avoir passé quatre longues années bannie de sa communauté, injustement accusée de sorcellerie, cette femme a enfin pu regagner son village d’origine et retrouver une vie digne. Son retour à Grand Samba, dans la province du Passoré, le 19 février 2026, marque la fin d’un calvaire et la victoire de la médiation sur l’obscurantisme.

La nuit de l’accusation

Tout a basculé en 2022 pour Martine Kébré. À Yiyalé, le village de son époux, le décès d’un enfant a plongé la communauté dans la recherche d’un coupable. Selon le récit poignant rapporté par la Commission épiscopale Justice et Paix (CJP-Burkina), la pratique traditionnelle du « port du Séongo » a été utilisée pour désigner la responsable. Martine Kébré a été arbitrairement accusée de sorcellerie. En un instant, elle a perdu son foyer, sa famille et sa place au sein de la communauté. Chassée et rejetée par les siens sous la pression sociale, elle a dû fuir pour survivre, rejoignant le Centre Delwendé de Sakoula, un refuge pour des centaines de femmes victimes des mêmes allégations.

Une résilience forgée dans l’exil

Loin de sombrer dans le désespoir, Martine a fait preuve d’un courage et d’une dignité remarquables durant son exil. Au centre, elle s’est distinguée par son dynamisme et sa volonté de s’investir. Jardiner, cuisiner, soutenir les pensionnaires les plus fragiles : elle s’est rendue indispensable. Bernard Guiré, responsable au Centre Delwendé, témoigne : « C’est une femme digne et travailleuse qui a toujours refusé de se laisser abattre, malgré la double peine infligée par sa belle-famille et ses propres parents. »

Le long chemin de la réconciliation

Le salut est venu de l’obstination de son frère. Soutenu par un parajuriste de la CJP-Burkina, il a entamé un travail de médiation long et patient auprès de leur famille d’origine. Si le retour dans la belle-famille est demeuré impossible, les efforts conjugués ont fini par payer. Sa propre famille a accepté de lui offrir une nouvelle chance et un nouveau départ à Grand Samba.

Pour concrétiser ce retour, un terrain a été acquis. Grâce à la mobilisation des bras familiaux et au financement de la CJP-Burkina, appuyé par l’organisme MISEREOR, une modeste maison a pu être érigée pour accueillir Martine.

Le retour à la vie

Le 19 février 2026 restera une date gravée dans sa mémoire. Accompagnée des équipes de la CJP-Burkina et du Centre Delwendé, Martine Kébré a franchi le seuil de sa nouvelle maison, retrouvant enfin la chaleur d’un foyer qui lui était propre. Afin de faciliter ses premiers pas vers l’autonomie, elle a reçu un kit alimentaire et un appui financier de 100 000 FCFA pour subvenir à ses besoins immédiats.

Ce geste dépasse le simple cadre de l’aide humanitaire. Il s’inscrit dans le cadre de l’Initiative pour la Consolidation de la Paix et de la Cohésion Sociale menée par la CJP-Burkina. L’organisation ne compte pas en rester là. Une mission de suivi est déjà prévue dans les prochains mois, avec pour objectif de soutenir Martine dans la mise en place d’une activité génératrice de revenus. Le but ultime est de transformer cette page douloureuse en un souvenir lointain et de faire de la réintégration de Martine Kébré un exemple pour que l’exclusion ne soit plus jamais une fatalité dans l’histoire de Grand Samba.

Par Francis Kaboré 

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