Cameroun : Amina Poulloh : La Reine du Sahel, pionnière, icône et légende vivante de la musique sahélienne

 

Figure emblématique du paysage culturel camerounais, Amina Poulloh, de son véritable nom Aminatou Naïmou Bouba, incarne depuis plus de deux décennies la résilience, l’audace et l’excellence artistique. Première femme issue du Grand Nord à se lancer dans la musique moderne, elle a brisé les chaînes des traditions restrictives pour ouvrir une voie nouvelle à toute une génération de jeunes filles du Sahel.

Née à Tibati, d’un père originaire de Mokolo (Bourha, Mayo Tsanaga) et d’une mère de Boraïl Woro Gangel, près de Bogô, la chanteuse puise sa force dans un héritage peul profondément enraciné. Aujourd’hui, son nom résonne bien au-delà des frontières du Cameroun : celui d’une reine, d’une pionnière, d’une rebelle créative, mais surtout d’une icône de liberté.

Une trajectoire artistique exceptionnelle

Le destin artistique d’Amina Poulloh prend son envol en 1999, lorsqu’elle rejoint le groupe Djamtabo de Maroua, avant de se perfectionner au sein du groupe Waïnabe de l’Alliance Franco-Camerounaise de Garoua. Elle poursuit son ascension à Ngaoundéré avec Wakili, sous la direction de J.P. Matou.

Son parcours atypique la conduit à Yaoundé, où elle croise le chemin d’acteurs majeurs de l’industrie musicale tels qu’Ahdalla Djuldo, qui l’intègre à Afric-Crea, ou encore Ali Baba, qui lui apporte un accompagnement décisif.

Grâce à Aladji Kadir Yaya, elle enregistre son tout premier album, « Ristou », arrangé par Nkono Teles et édité en 2007. Le projet connaît un succès immédiat, établissant Amina comme l’une des nouvelles voix les plus prometteuses du pays.

Mais « la Reine du Sahel » ne se limite pas à la chanson. Elle fait également ses preuves au cinéma, incarnant des rôles marquants dans Dodgô, La patrie d’abord ou encore WALLINDÉ réalisé par Jean-Pierre Bekolo.

Une femme engagée au service du Sahel

Au-delà de l’art, Amina Poulloh se distingue par son engagement humanitaire exemplaire. Fondatrice de l’association WALLINDÉ, elle œuvre pour : l’éducation des jeunes filles, le soutien aux artistes émergents,la promotion de la culture sahélienne, la valorisation du patrimoine du Grand Nord.

Elle lance l’initiative « Mélodie du Sahel », une plateforme de découverte et de promotion des talents locaux dans les départements et arrondissements, avec des tournées dans les Alliances Françaises du pays.

Son engagement social s’étend à la délivrance d’actes de naissance, au soutien des familles vulnérables, à l’accompagnement des enfants en situation de handicap, ainsi qu’à l’appui financier pour la scolarisation.

Depuis 2010, Amina est également marraine de la Fondation Bethléem, une mission italienne dédiée aux enfants démunis et orphelins.

Ambassadrice du programme MINJEF Horizon 2035 – IAI Cameroun, elle milite activement pour la formation numérique des femmes et des jeunes filles, leur permettant ainsi d’acquérir des compétences qui changent des vies.

Résilience : le combat d’une pionnière

Dans le Septentrion, où traditions et conservatisme modelaient la place de la femme, se lancer dans la musique relevait autrefois du sacrifice.

Amina Poulloh en a fait les frais. Rejetée, incomprise, parfois stigmatisée, elle a affronté : les préjugés, l’exclusion sociale,et même la souffrance morale.

La musique y était perçue comme un métier de « mendiant », indigne d’une jeune fille.

Mais la détermination d’Amina était plus forte que les interdits. Peu à peu, son talent, sa discipline et ses succès ont fini par convaincre les plus sceptiques. Ce combat acharné fait d’elle aujourd’hui un symbole de courage et de persévérance.

Distinctions et rayonnement international

Considérée comme l’une des grandes voix de la musique camerounaise, Amina Poulloh a reçu plusieurs distinctions prestigieuses, notamment :

  • Chevalier de l’Ordre du Mérite Camerounais (2018),
  • Canal d’Or 2012-2013,
  • Balafon Music Award 2013,
  • Planète Star CRTV 2023.

Elle a siégé dans les conseils d’administration de la CMC et de la SONACAM (2005–2020) et est membre active, depuis 2022, d’une organisation des droits de l’homme, où elle milite pour la défense des droits des femmes.

Sa notoriété la porte régulièrement sur les scènes nationales et internationales, où elle représente le Cameroun avec honneur et fierté.

Discographie : une voix qui traverse les années

De 2007 à 2024, Amina Poulloh a construit un catalogue musical riche et diversifié, marqué par des titres devenus classiques :

  • 2007 : Riskou
  • 2010 : Memanam
  • 2011 : Fondation Bethléem
  • 2012 : Kalilamé Dounya
  • 2013 : Name na hande
  • 2014 : Peace en Caye
  • 2017 : La paix, in chah Allah
  • 2018 : Amour brisé (4ᵉ album)
  • 2019 : La fille Wadjoo (5ᵉ album)
  • 2020 : Walah koutabitita selemouh Allah (6ᵉ album)
  • 2024 : Mon beau pays le Cameroun

Des œuvres qui mêlent traditions sahéliennes, rythmes modernes, spiritualité, romance, message social et patriotisme.

Amina Poulloh : une légende vivante

Aujourd’hui, Amina Poulloh n’est plus simplement une artiste : elle est un patrimoine, une voix du Sahel, un modèle d’émancipation et une inspiration intarissable pour des milliers de jeunes.

Son héritage dépasse la musique. Il est social, culturel et humain. Elle incarne la femme moderne camerounaise : fière de ses racines, ambitieuse, résiliente et pleine de lumière.

À l’heure où elle s’apprête à célébrer plusieurs décennies de carrière, la « Reine du Sahel » demeure une figure incontournable de la scène artistique africaine, une légende vivante dont la musique continuera de rayonner longtemps encore.

Par Kenzo Brown 

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