Cameroun : L’avenir du Cameroun après Paul Biya : une transition incertaine?
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À 91 ans, Paul Biya demeure le plus ancien chef d’État en exercice dans le monde, avec plus de quatre décennies à la tête du Cameroun. Alors que les spéculations se multiplient sur l’état de santé du président, la question de l’avenir du Cameroun après lui devient de plus en plus cruciale.
Beaucoup comparent l’impact de Biya sur le Cameroun à celui de Félix Houphouët-Boigny pour la Côte d’Ivoire : un leader qui a maintenu une certaine stabilité, mais aussi un centralisateur rigide du pouvoir. Depuis sa création en 1985, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), le parti de Biya, contrôle sans partage les rouages de l’État, rendant difficile toute opposition réelle.
Malgré son influence incontestée, Biya est souvent critiqué pour son éloignement des réalités du peuple camerounais. Régnant depuis son village natal de Mvomeka’a ou séjournant à Genève, il donne l’impression d’un président distant, peu engagé dans la vie quotidienne du pays. Cette absence nourrit les doutes sur sa capacité à gérer les nombreux défis actuels du Cameroun, notamment la crise anglophone.
Le conflit qui oppose les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest au reste du pays francophone s’est aggravé ces dernières années, entraînant des affrontements armés et des tensions politiques. Les revendications de sécession des groupes séparatistes exacerbent la division au sein du pays, mettant à l’épreuve son unité nationale. Cette fracture linguistique et culturelle souligne l’incapacité du régime à répondre aux attentes d’une partie de la population.
Depuis plus de 40 ans, Paul Biya a incarné le centre du pouvoir au Cameroun. Pourtant, sa longévité soulève désormais des questions sur la nécessité de renouveler la classe dirigeante pour faire face aux aspirations d’une jeunesse de plus en plus impatiente. Le Cameroun, riche en ressources et en potentiel, semble freiné dans son développement par une gouvernance immobile, incapable de s’adapter aux nouvelles réalités socio-économiques.
La question de la succession se pose alors avec acuité. Biya, malgré son âge avancé, n’a pas encore clairement désigné d’héritier politique, ce qui pourrait créer une lutte de pouvoir à sa disparition. Pourtant, il est impératif que cette transition se fasse dans la dignité et le respect de l’homme d’État qu’il a été, sans tomber dans les travers des régimes qui s’accrochent au pouvoir jusqu’à la fin.
Comme le rappelle l’Ecclésiaste : « Vanité des vanités, tout est vanité. » Les Ivoiriens disent : « Tout finit par passer. » Ce n’est plus une question de savoir si Paul Biya quittera un jour le pouvoir, mais plutôt comment le Cameroun gérera cette ère post-Biya et quel héritage il laissera à la postérité.
Par Georges Domo

