Cameroun : Masculinicide à Nkongsamba : Du soupçon d’infidélité au meurtre, voici le film tragique de l’assassinat du gardien de la paix Bengono Mathurin

La cité des oiseaux est en deuil. Au petit matin du 8 mars 2026, Bengono Mathurin, gardien de la paix principal, a succombé à un coup de couteau porté par sa concubine, Mbezele Laurette, au terme d’une dispute conjugale violente. Le drame s’est déroulé sous les yeux de deux enfants âgés de 12 et 16 ans, désormais marqués à vie.

L’aube tragique : quand la jalousie conduit à l’irréparable

Il est environ 6 heures du matin, ce dimanche 8 mars, lorsque Bengono Mathurin franchit le seuil de son domicile. Le gardien de la paix principal rentre d’une longue nuit de service, mais l’épuisement n’a pas eu raison de ses tourments intérieurs.

Depuis quelques jours, un poison ronge son esprit : la jalousie. Des photos compromettantes sont parvenues jusqu’à lui. On y voit sa concubine, Mbezele Laurette, attablée dans un restaurant de Nkongsamba en compagnie d’un homme influent de la ville, présenté par les témoins comme « un grand ».

L’homme exige des explications. Immédiatement.

Dans l’intimité de leur chambre, il confronte Laurette, brandissant les clichés comme preuves. Pourquoi cet homme ? Pourquoi ce restaurant ? Que se trame-t-il pendant qu’il assure la sécurité de la population ?

Elle oppose un déni farouche. Une simple rencontre anodine, plaide-t-elle. Des soupçons infondés.

Mais les arguments ne suffisent pas à éteindre le feu de la méfiance. La dispute éclate, violente, inexorable.

La bascule : un geste fatal qui scelle plusieurs destins

Dans le logement, deux enfants assistent à la scène, terrés dans l’angoisse :

· La fille de Mbezele Laurette, 12 ans à peine.
· Le fils de Bengono Mathurin, 16 ans, un adolescent.

Ils entendent les voix monter, les corps s’affronter. La raison cède peu à peu la place à la fureur.

Dans la confusion de la bagarre, une main se saisit d’une arme blanche. Un geste. Une seconde. La lame s’enfonce dans le corps du gardien de la paix.

Le silence suspend le temps, puis le cri déchire l’air.

Bengono Mathurin s’effondre. Le sang macule le sol. Laurette contemple ses mains, contemple l’homme à ses pieds, contemple les enfants pétrifiés, leurs regards d’innocents plongés dans l’horreur.

Les secours sont appelés. L’homme est évacué vers l’hôpital dans l’urgence. Mais la blessure est trop profonde, le trajet trop long. Bengono Mathurin rend son dernier souffle avant d’atteindre les portes des urgences.

Enfants brisés : le poids insoutenable du témoignage

Si la mort de Bengono Mathurin est une tragédie absolue, le sort des deux enfants présents soulève une détresse tout aussi profonde.

Une fillette de 12 ans qui a vu sa mère ôter la vie à son beau-père.
Un adolescent de 16 ans qui a vu la compagne de son père plonger un couteau dans le cœur de celui-ci.

Comment effacer ces images ? Comment trouver le sommeil quand les paupières fermées ne renvoient que le spectacle du drame ?

Les psychologues alertent : ces enfants ne sont pas seulement orphelins d’un père. Ils sont également privés de mère, placée en garde à vue, et porteront à jamais le double fardeau du deuil et de l’impuissance.

Mbezele Laurette : de la vie conjugale aux geôles de Nkongsamba

Aujourd’hui, Mbezele Laurette croupit en cellule. Celle que les voisins décrivent comme une femme « calme » et « discrète » est devenue, aux yeux de la loi, une meurtrière présumée.

Les enquêteurs s’attellent à reconstituer le fil des événements. Geste de défense ? Acte de colère irréfléchi ? Ou issue tragique d’une relation depuis longtemps minée par la violence latente ?

Les preuves s’accumulent : les photos à l’origine de la dispute, les témoignages des proches, l’arme du crime, et surtout, les déclarations des deux enfants, seuls témoins directs de la scène.

Mbezele Laurette devra répondre d’homicide volontaire devant la justice camerounaise. La réclusion criminelle se profile. Mais au-delà de la peine, une question demeure, lancinante : comment une dispute conjugale a-t-elle pu basculer dans un tel drame ?

Une ville en deuil : Nkongsamba pleure l’un de ses fils

Dans les rues de Nkongsamba, l’émotion est palpable. Les collègues de Bengono Mathurin, au sein des forces de sécurité, peinent à réaliser. « Un homme dévoué, un père attentif, un collègue loyal. Il ne méritait pas de finir ainsi, sous les coups de celle qu’il aimait », confie l’un d’eux, la voix étranglée.

Les riverains, eux, oscillent entre tristesse et perplexité. Certains évoquent un couple connu pour ses orages, sans jamais imaginer une telle issue. D’autres pointent la jalousie maladive de l’homme, sans pour autant excuser l’acte fatal de Laurette.

« Dans ce drame, il n’y a que des victimes, résume un ancien du quartier. Lui repose à la morgue. Elle attend son procès en prison. Les enfants sont brisés. Et nous, nous restons avec nos questions sans réponses. »

Masculinicide : un mot qui dérange, une réalité qui tue

Si le terme « féminicide » s’impose progressivement dans le débat public pour désigner les meurtres de femmes par leur conjoint, le « masculinicide » reste largement ignoré. Pourtant, les hommes aussi tombent sous les coups de leur compagne. Moins fréquemment, certes, mais la réalité est là, crue, violente.

Le drame de Nkongsamba rappelle une vérité universelle : la violence conjugale n’a pas de genre. Elle détruit indistinctement, brise des familles, et laisse toujours des enfants orphelins d’un amour qui a viré au cauchemar.

Bengono Mathurin repose à la morgue, dans l’attente de ses obsèques. Mbezele Laurette attend son procès dans une cellule. Et deux enfants, quelque part, tentent de survivre à l’insurmontable.

Ils devront apprivoiser l’absence. Apprendre à vivre avec les images. Porter, peut-être, la honte. Sûrement, la colère.

La justice tranchera. Mais elle ne pourra jamais leur rendre ce qui leur a été volé cette nuit-là : une famille, une innocence, une enfance.

Nkongsamba pleure. Le Cameroun s’interroge. Et deux enfants, au bord du gouffre, cherchent la force de se relever.

Par Georges Domo

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