Cameroun : Massacre de Ngarbuh : trois soldats camerounais lourdement condamnés, cinq ans après le drame

 

Cinq ans après les faits, la justice militaire camerounaise a rendu son verdict. Jeudi 19 février 2026, le tribunal militaire de Yaoundé a condamné trois sous-officiers à des peines de prison ferme pour leur implication directe dans le meurtre de civils à Ngarbuh, un village de la région anglophone du Nord-Ouest, en février 2020.

Ce jugement, qualifié de rare par les observateurs, met un point d’orgue judiciaire à l’une des pires tragédies humanitaires survenues depuis le début de la crise anglophone en 2016.

Le tribunal a déclaré les prévenus coupables de « violation de consignes, coaction de meurtre, destruction, incendie et violences sur femme enceinte ». Le gendarme Haranga Gilbert a écopé de la peine la plus lourde, soit dix ans de prison ferme. Le sergent Baba Guida a été condamné à huit ans d’emprisonnement, tandis que le caporal Sanding Sanding devra purger une peine de cinq ans.

Ces condamnations font suite à l’opération militaire menée le 14 février 2020 dans le village de Ngarbuh. Selon les enquêtes menées par des organisations internationales, notamment Human Rights Watch, cette intervention des forces gouvernementales avait causé la mort d’au moins 21 civils. Parmi les victimes figuraient treize enfants et une femme enceinte, un bilan qui avait suscité une vive émotion au Cameroun et à l’étranger.

Après avoir initialement nié toute responsabilité directe de ses troupes, le gouvernement camerounais avait finalement ordonné une enquête approfondie et saisi la justice militaire, permettant l’ouverture de ce procès très attendu.

Ce verdict intervient alors que le conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest continue de déstabiliser le pays. Depuis 2016, l’affrontement entre les forces gouvernementales et les combattants séparatistes a fait au moins 6 000 victimes civiles, selon les estimations, et provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes. Les exactions sont régulièrement documentées des deux côtés, rendant difficile toute perspective de paix durable.

La condamnation des trois militaires est perçue par certains comme un signal fort de l’État de droit, mais aussi comme un premier pas, bien que tardif, vers la reconnaissance des souffrances endurées par les populations civiles prises en étau dans ce conflit de longue durée.

Par Georges Domo

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