Cameroun: Ngoh Ngoh consolide son pouvoir : le « vice-président » reprend les commandes au Palais

Selon une enquête exclusive de Jeune Afrique, Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence du Cameroun, est plus que jamais solidement installé au cœur de l’appareil d’État. Malgré des mois de tensions internes et de manœuvres destinées à l’affaiblir, il a obtenu du président Paul Biya une reconduction ferme de son influence, ainsi qu’un rôle central dans les tractations autour du prochain remaniement ministériel.

Alors que les rivalités au sommet de l’État atteignent un niveau inédit, le SGPR apparaît de nouveau comme l’homme-clé du système — celui que ses adversaires surnomment, souvent à voix basse, le « vice-président ».

Un tête-à-tête décisif avec Paul Biya

L’audience du 7 décembre entre Paul Biya et Ferdinand Ngoh Ngoh n’avait rien d’un simple rendez-vous protocolaire. Pendant plusieurs heures, les deux hommes ont évoqué :

  • les tensions persistantes au sein du gouvernement,
  • la recomposition de l’exécutif,
  • et la préparation du vaste remaniement attendu depuis la réélection contestée du chef de l’État.

À l’issue de cet entretien, le président a confirmé, sans ambiguïté, le maintien de Ngoh Ngoh à la tête du Secrétariat général. Une décision que contredisaient pourtant des rumeurs insistantes annonçant sa mise à l’écart, après quatorze années d’influence continue.

Selon Jeune Afrique, le soutien personnel de la première dame Chantal Biya a pesé lourd dans la balance. Face aux offensives de plusieurs barons du régime, elle aurait plaidé pour préserver celui qu’elle considère comme un garant de la stabilité du Palais.

Un remaniement majeur en préparation

Fort de ce regain de confiance, Ferdinand Ngoh Ngoh semble reprendre l’initiative dans la recomposition du gouvernement. L’objectif : renforcer son camp, éliminer les contre-pouvoirs et repositionner ses alliés aux postes clés.

Plusieurs ministres, avec lesquels les relations sont désormais rompues, sont dans son viseur :

  • Laurent Esso (Justice)
  • René Emmanuel Sadi (Communication)
  • Paul Atanga Nji (Administration territoriale)

Ces figures historiques ont, ces derniers mois, publiquement contrebalancé l’influence du SGPR. Leur remplacement constituerait un tournant majeur dans l’architecture du pouvoir.

Selon les indiscrétions recueillies :

  • Philippe Mbarga Mboa serait pressenti pour remplacer Paul Atanga Nji,
  • Victor Ndocky pourrait succéder à Martin Mbarga Nguélé à la tête de la DGSN,
  • Le cabinet civil pourrait être remanié, avec un possible départ de Samuel Mvondo Ayolo et un repositionnement d’Oswald Baboke.

Certaines fidélités seront néanmoins préservées, notamment celle du ministre des Sports Narcisse Mouelle Kombi, considéré comme un allié fiable.

La SNH, le territoire qui lui résiste

Malgré son retour en force, Ngoh Ngoh se heurte à un bastion stratégique : la Société nationale des hydrocarbures (SNH).
Le face-à-face avec Adolphe Moudiki, puissant administrateur-directeur général, est devenu l’un des conflits les plus sensibles au sommet de l’État.

Moudiki, fort du soutien direct du président, multiplie les actes d’indépendance :

  • organisation de conseils d’administration sans convocation du SGPR,
  • modification des pratiques internes,
  • refus d’appliquer un décret présidentiel modifiant le conseil d’administration.

Peu d’acteurs avaient osé ignorer une décision formelle venant de la présidence ces dix dernières années. Ce bras de fer révèle les limites actuelles de l’influence du secrétaire général.

Vers un tournant politique majeur ?

L’audience du 7 décembre offre à Ferdinand Ngoh Ngoh une nouvelle respiration politique. Mais la consolidation reste fragile.
L’appareil d’État est traversé par :

  • des rivalités persistantes,
  • des réseaux anciens toujours actifs,
  • et des hauts fonctionnaires capables de contrecarrer certaines initiatives du SGPR.

Le remaniement attendu dans les prochaines semaines dira si cette reconduction marque une simple parenthèse… ou le début d’une nouvelle séquence au sein du système Biya.

Une chose est sûre : pour l’instant, Ferdinand Ngoh Ngoh reste l’un des hommes les plus puissants du Cameroun.

Par Georges Domo 

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