Cameroun Université de Maroua: L’effroyable système du « Sexe contre Grade » mis à nu
Il ne s’agit plus des notes sexuellement transmissibles mais de « sex for grade ». Derrière les murs de l’Université de Maroua, un scandale d’une ampleur sans précédent ébranle l’institution. Entre harcèlements, viols et chantages administratifs, une enquête d’infiltration révèle les méthodes prédatrices de certains responsables de cette université.
Le cas le plus étonnant est celui du « Professeur SAIBOU ISSA », ex-doyen de la faculté de la faculté des arts, lettres et sciences humaines. Immersion dans les coulisses dun système où la promotion académique se paie au prix de l’intimité.
Tout commence par un cri étouffé, celui dune dignité bafouée dans lombre des amphithéâtres. En 2023, une jeune doctorante, occupant également les fonctions de secrétaire du Doyen SAIBOU ISSA, choisit de briser la loi du silence.
Sous le couvert de lanonymat, elle livre un témoignage glaçant : elle décrit linsoutenable quotidien d’un harcèlement permanent, rythmé par des menaces voilées et des viols répétés. Ces agressions auraient eu lieu entre les murs mêmes de son bureau, là où l’excellence académique aurait dû être le seul maître mot.
Ce récit tragique a agi comme un véritable détonateur. Saisie de l’affaire, une association de défense des droits des femmes, basée à Maroua, en partenariat avec le REDDAC, a décidé de passer à l’offensive. Tout au long de lannée 2024, une vaste enquête dinfiltration a été menée pour vérifier ces allégations et sonder les profondeurs du système. Les conclusions de cette investigation disponibles aujourdhui sont accablantes.
« Retrouvez-moi à Mindif » : Le code de la honte
Le mode opératoire mis au jour par les experts est glaçant. Chaque responsable ayant son modis operandi. Durant près dune décennie passée à la tête de lécole Normale de Maroua et environ cinq années comme Doyen de faculté, le Professeur SAIBOU ISSA aurait transformé une case de passage dont il est le promoteur, dans son village natal « Mindif » situé à quelques kilomètres de Maroua, en un lieu où le destin de nombreuses carrières se jouait.
Selon les enregistrements et témoignages d’une dizaine de victimes obtenus par les enquêteurs, une phrase revenait comme un leitmotiv macabre : « Retrouvez-moi à Mindif avec vos documents ». Derrière cette invitation administrative banale se cachait un péage sexuel obligatoire. Pour les jeunes enseignantes, obtenir un avis favorable sur un dossier de changement de grade, une validation de recherche ou une simple lettre de recommandation indispensable à leur carrière, était conditionnel. Le grand maitre exigeant le passage à l’acte.
Des vies et des foyers brisés
Lenquête met en lumière des drames humains dune gravité extrême. Parmi les cas les plus révoltants figure celui de Mme Woulfé Fatoumata, doctorante à luniversité de Ngaoundéré, dont le mariage a volé en éclats. Piégée dans une « relation forcée » imposée par son directeur de thèse, SAIBOU ISSA, elle a fini par divorcer après avoir été accusée dadultère par son époux. Cette dame de regretté mémoire, victime dune stigmatisation persistante dun autre genre associée à limage d« épouse adultère », a préféré se suicider en Novembre 2024. Les membres de sa famille en colère ne cessent de prier pour réclamer justice. Daprès les informations obtenues, une scène dhumiliation sur la personne du Professeur SAIBOU ISSA se serait produite à la sortie de prière de Vendredi en fin dannée 2024. Un homme se prenant pour un fou aurait sali le boubou blanc de SAIBOU ISSA, en criant sur lui « homme adultère, laisses les femmes de tes frères, Allah a interdit ; honte à toi », en fufuldé.
Au de-là de l’emprise affective, son influence s’étendait également à une véritable terreur administrative. Un enseignant courageux, qui avait tenté d’attirer l’attention de sa collègue/fiancée invitée à MINDIF, a été la cible dun harcèlement institutionnel sous la forme dune avalanche de demandes d’explications, selon les informations recueillies par nos experts.
Vers la fin de l’impunité ?
En réponse aux dénonciations de harcèlement sexuel et suite à la saisine de la Commission des droits de lhomme (CDHC) par lAssociation pour la défense des droits des étudiants du Cameroun (ADDEC) en septembre 2025, le Recteur de lUniversité de Maroua a fini par briser le silence. Ce dénouement culmine avec le remplacement du Pr Issa Saibou de ses fonctions de Doyen, acté par décret du Président de la République.
Dès louverture de lannée académique 2025, le Recteur, le Pr Idrissou Alioum, a réitéré son engagement pour la « tolérance zéro » envers les comportements déviants au sein du corps enseignant. Dans une fermeté inédite, il a promis des sanctions exemplaires contre les enseignants véreux. Si la parole se libère enfin, les victimes attendent désormais que la justice institutionnelle prenne le relais de l’indignation .
Nous y reviendrons
Par Georges Domo

