Congo-Brazzaville : L’ancien patron du football congolais Jean-Guy Blaise Mayolas condamné à la prison à perpétuité pour détournement de fonds FIFA
C’est un verdict sans précédent qui a secoué le monde sportif congolais. Ce mardi 10 mars 2026, la cour criminelle de Brazzaville a condamné Jean-Guy Blaise Mayolas, l’ancien président de la Fédération congolaise de football (FECOFOOT), à la réclusion criminelle à perpétuité. Reconnu coupable de détournement de fonds, blanchiment d’argent, faux et usage de faux, il lui est reproché d’avoir détourné plus d’un million de dollars de subventions versées par la FIFA .
Jugé par contumace, l’ancien dirigeant de 63 ans, qui n’a pas comparu lors de son procès et serait en fuite, a écopé de la peine maximale. Sa condamnation est assortie d’une amende de 100 millions de francs CFA (environ 152 000 euros) . Plusieurs sources, dont l’AFP et le journal L’Équipe, confirment qu’un mandat d’arrêt a été émis à son encontre .
Un système organisé de détournement pendant la pandémie
L’affaire, qui a éclaté à la suite de révélations en 2025, porte sur le détournement systématique de fonds alloués par l’instance footballistique internationale. Selon l’enquête, qui a duré huit mois, ce sont plus d’1,1 million de dollars qui ont été soustraits . Une somme qui incluait une subvention cruciale de 500 000 dollars du programme d’aide d’urgence de la FIFA pour la pandémie de COVID-19, spécifiquement destinée au développement du football féminin .
Les projets pour lesquels cet argent était versé – création de championnats féminins, construction d’un centre technique national à Ignie et amélioration des infrastructures sportives – n’ont jamais vu le jour . Selon des témoignages rapportés par la presse, sur les 500 000 dollars envoyés en 2021, seuls 20 000 dollars auraient été effectivement reversés aux clubs, le reste étant détourné via un réseau de sociétés écrans .
La famille et les proches également sanctionnés
Le verdict de la cour criminelle n’a pas épargné l’entourage de l’ancien président. Son fils, Lionel Mayolas, a également été condamné par contumace à la réclusion à perpétuité pour les mêmes chefs d’accusation . Plusieurs sources mentionnent également l’épouse de Jean-Guy Blaise Mayolas parmi les condamnés à perpétuité, bien que cette information ne soit pas reprise par l’ensemble des médias .
D’autres hauts responsables de la fédération, présents lors de l’audience, ont écopé de peines de prison ferme. Le secrétaire général Badji Mombo Wantete et le trésorier Raoul Kanda ont chacun été condamnés à cinq ans d’emprisonnement et à une amende d’un million de francs CFA pour complicité dans ces délits financiers .
Une affaire aux lourdes conséquences pour le football congolais
Cette condamnation judiciaire est l’aboutissement d’un long feuilleton qui a paralysé le football congolais. Jean-Guy Blaise Mayolas, inspecteur du Trésor de formation, présidait la FECOFOOT depuis 2018 . En septembre 2024, il avait été révoqué par le gouvernement congolais, une décision considérée par la FIFA comme une ingérence politique. L’instance avait alors suspendu la fédération en février 2025, une sanction levée seulement en mai de la même année, mais qui avait contraint l’équipe nationale à déclarer forfait pour deux matchs des éliminatoires de la Coupe du monde 2026 .
La plainte à l’origine de l’enquête avait été déposée par le ministre des Sports, Hugues Ngouélondélé, gendre du président Denis Sassou N’Guesso, donnant à cette affaire une dimension politique que certains observateurs soulignent, sans pour autant remettre en cause la réalité des faits reprochés .
Vingt-neuf ans après les faits, ce verdict marque un tournant historique pour l’instance faîtière du football congolais, désormais confrontée à un énorme défi pour « rétablir la confiance et reconstruire ses structures » . Le sort de Jean-Guy Blaise Mayolas, activement recherché, reste quant à lui incertain.
Par Jérôme Wailifu

