France : « Le premier mandat, on apprend. Le second, on travaille. Le troisième, on s’endort… », l’ancien directeur de campagne de David Nicolas s’adresse aux électeurs d’Avranches

 

Ancien directeur de campagne de la liste victorieuse en 2014, Loïc Bodin ne participe aujourd’hui à aucune candidature ni à aucun camp dans la campagne municipale en cours.

Sa lettre ouverte partagée aux lecteurs de l’Œil du Sahara n’a pas vocation à soutenir une liste, mais à rappeler les engagements politiques initiaux pris devant les électeurs, et à interroger l’écart constaté aujourd’hui entre ce projet de démocratie participative et les pratiques actuelles du pouvoir local.

Elle est proposée à nos lecteurs pour nourrir le débat public

« Camarades,

En 2014, si je me suis engagé pleinement dans la campagne municipale d’Avranches, ce n’était ni par ambition personnelle ni par calcul politique. J’étais alors simple conseiller municipal d’un village voisin, et surtout convaincu d’une chose : si l’on voulait changer les pratiques politiques sur notre territoire, il fallait s’attaquer au cœur du pouvoir local.

C’est dans cet esprit que j’ai proposé de devenir directeur de campagne de la liste menée par David Nicolas. Le projet était clair, partagé et profondément politique : mettre en œuvre une véritable démocratie participative, agréger des personnes venues d’horizons politiques très différents, refuser la personnalisation du pouvoir, et démontrer que la politique ne devait pas être confisquée par des professionnels de la politique, au risque sinon d’y être soumis volontairement.

Notre campagne reposait sur un engagement fort : « Maire à 100 % », un mandat unique, sans cumul, limité dans le temps (pas plus de deux mandats), exercé au service de la ville et non comme tremplin de carrière. Nous voulions rompre avec les logiques féodales locales, pas les reproduire.

Douze ans plus tard, le constat est brutal.

Le projet collectif a laissé place à une pratique du pouvoir de plus en plus centrée sur un homme.
La démocratie participative s’est effacée derrière la communication personnelle.
Les engagements de non-cumul et de non-professionnalisation ont été reniés.
La fonction de maire est devenue une étape dans une trajectoire politique, et non plus un aboutissement au service d’Avranches.

Ce glissement n’est pas anecdotique : il traduit une dichotomie totale entre ce que nous portions en 2014 et ce que David Nicolas incarne aujourd’hui. D’un projet citoyen et collectif, nous sommes passés à une politique de carrière, marquée par une personnalisation croissante du pouvoir et une attention permanente portée à l’image de soi.

Concernant le bilan des deux mandatures écoulées, je me bornerai à mon domaine de compétence : la culture.

En 2014, au moment même de la campagne municipale à Avranches, j’étais directeur de service, fonctionnaire territorial à Cesson-Sévigné depuis 1989. J’y subissais directement le management toxique de la directrice des affaires culturelles de la ville. Cette situation était connue, documentée, et humainement destructrice pour de nombreux agents.

David Nicolas et Annie Parent, aujourd’hui maire et adjointe à la culture, étaient parfaitement informés de ce que je vivais. Je leur en avais parlé explicitement. Ils n’avaient aucune raison de douter de ma parole : je menais leur campagne, je les conseillais stratégiquement, et je contribuais directement à leur victoire.

Dès lors, une question demeure :
pourquoi avoir recruté cette même personne à la direction des affaires culturelles de la communauté de communes Avranches Mont-Saint-Michel, alors qu’ils savaient parfaitement à qui ils avaient affaire ?

Les alertes existaient. Les dégâts humains étaient connus. Les précédents professionnels étaient documentés. Ce recrutement ne peut donc être qualifié ni d’erreur naïve ni de simple mauvais choix. Il s’agit d’une décision prise en connaissance de cause, dont les conséquences ont, une fois encore, lourdement affecté les agents.

Quels que soient les discours tenus sur la qualité de la programmation culturelle mise en place par cette personne, rien ne peut justifier qu’elle se fasse au prix de la santé des femmes et des hommes qui la mettent en œuvre. D’un point de vue humain, éthique et politique, ce choix est profondément problématique.

Concernant le Scriptorial, enfin, l’équipe municipale héritait certes d’un équipement mal conçu et surdimensionné. Mais elle avait la possibilité — et la responsabilité — d’essayer autre chose. Nous y avions travaillé pendant la campagne. Rien de réellement différent de ce qui avait été fait n’a été tenté. Aucun projet ambitieux de refonte, aucune politique d’expositions temporaires digne de ce nom, malgré un coût de fonctionnement considérable au regard de la taille de la ville et des moyens humains existants.

C’est une occasion manquée majeure pour Avranches.

Aujourd’hui, alors qu’une troisième candidature est engagée, je me permets de rappeler une phrase que David répétait à qui voulait l’entendre pendant la campagne de 2014 :
« Le premier mandat, on apprend. Le second, on travaille. Le troisième, on s’endort. »

Savoir s’arrêter, ce n’est pas renoncer. C’est respecter l’esprit dans lequel on a été porté au pouvoir.

Nous ne voulions pas laisser la politique aux professionnels de la politique.
Nous ne voulions pas fabriquer un nouveau Goliath.

C’est pourtant ce que douze années de pouvoir ont produit.

Loïc Bodin, ancien directeur de campagne de David Nicolas en 2014 »

La Rédaction

Commentaires Facebook