Mali: Une crise de carburant sans précédent paralyse le pays et met l’économie sous tension
Depuis septembre 2025, le Mali fait face à une crise énergétique d’une ampleur inédite. Un blocus imposé par le groupe djihadiste Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a provoqué une paralysie quasi totale de l’approvisionnement en carburant, plongeant le pays dans une situation économique et sociale alarmante.
Des routes sous haute menace
Dépendant à plus de 95 % des importations de produits pétroliers, le Mali se retrouve aujourd’hui dans une impasse logistique. Les principaux corridors de ravitaillement, reliant le pays aux ports du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et de la Mauritanie, sont devenus des zones de combat.
Des dizaines de camions-citernes ont été attaqués ou incendiés ces dernières semaines, forçant les transporteurs à suspendre leurs convois. Chaque camion détruit représente des pertes considérables, aggravant une pénurie déjà dramatique : stations-service à sec, files d’attente interminables et coupures d’électricité quotidiennes dans plusieurs régions.
Un levier de pression contre l’État malien
Pour les observateurs, cette crise dépasse la simple question du carburant. En ciblant les circuits d’approvisionnement, le JNIM cherche à fragiliser l’État et à affaiblir l’autorité de la junte dirigée par Assimi Goïta.
Le carburant, vital pour le fonctionnement des transports, des centrales électriques et des industries minières, devient ainsi une arme politique et économique.
Les conséquences sont lourdes : écoles et universités fermées pour deux semaines, entreprises à l’arrêt, et flambée des prix sur le marché noir le litre d’essence atteignant parfois jusqu’à 175 % de son prix officiel.
Bamako se tourne vers Moscou
Face à l’urgence, les autorités maliennes ont annoncé fin octobre un accord avec la Russie pour la livraison de près de 200 000 tonnes de carburant. Un soulagement temporaire pour Bamako, qui espère ainsi rétablir un minimum de stabilité énergétique.
Mais ce rapprochement avec Moscou s’accompagne d’un isolement diplomatique croissant. Plusieurs chancelleries occidentales ont émis des avertissements sécuritaires, et les États-Unis ont recommandé à leurs ressortissants de quitter le pays, signe d’un climat international tendu autour du Mali.
Résilience et redéfinition des alliances
Cette crise énergétique met en lumière la vulnérabilité structurelle d’un pays enclavé et dépendant des routes régionales. Pour beaucoup, elle marque un tournant stratégique : le Mali est désormais contraint de repenser ses alliances et d’envisager à long terme une réduction de sa dépendance aux importations.
Parmi les solutions évoquées : la création de stocks stratégiques nationaux, la diversification des corridors d’approvisionnement et, à terme, le développement d’une capacité locale de raffinage.
En attendant, la population malienne tente de s’adapter. Entre files d’attente, coupures d’électricité et flambée des prix, le quotidien est devenu un combat de survie symbole d’un pays pris au piège entre insécurité, dépendance énergétique et recomposition géopolitique.
Par Cherif Keita

