Mexique : La mort d’« El Mencho » plonge le pays dans un bain de sang
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Une offensive militaire majeure a coûté la vie au narcotrafiquant le plus recherché du Mexique, mais sa disparition a déclenché une vague de représailles d’une violence inouïe de la part de son cartel, mettant le pays sous tension à l’approche de la Coupe du Monde.
Le Mexique vit des heures de terreur. La mort de Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », le chef du tout-puissant Cartel Jalisco Nouvelle Génération (CJNG), a provoqué une onde de chac sécuritaire à travers le pays. Abattu le 22 février 2026 lors d’un affrontement avec l’armée mexicaine à Tapalpa, dans l’État de Jalisco, le parrain de la drogue laisse derrière lui un vide du pouvoir que ses hommes tentent de combler par le feu et le sang.
L’opération, menée avec l’appui du renseignement américain, était présentée comme un triomphe majeur pour la présidente Claudia Sheinbaum, qui avait fait de la lutte contre les cartels la pierre angulaire de sa politique sécuritaire. Mais ce succès tactique s’est rapidement transformé en un cauchemar stratégique pour les autorités.
Vague de 250 actes de violence coordonnés
Dès l’annonce de la mort de leur leader, les cellules du CJNG ont lancé une réponse d’une ampleur et d’une coordination rares. En représailles, le cartel a multiplié les actes de violence dans une vingtaine des 32 États du pays, plongeant des régions entières dans le chaos. Les États de Jalisco, Michoacán, Guanajuato, Colima et Nayarit sont les plus durement touchés.
Les scènes de guérilla urbaine se sont multipliées : barrages routiers enflammés, véhicules publics et privés incendiés, commerces pillés, fusillades avec les forces de l’ordre et explosions dans des zones stratégiques. Des axes routiers majeurs ont été coupés, paralysant la circulation. Des stations-service et des bus ont été transformés en torches humaines, semant la panique parmi la population.
Selon un dernier bilan des autorités, au moins 73 personnes ont péri depuis le début des violences dimanche. Parmi les victimes, on dénombre plusieurs membres de la Garde nationale et de l’armée, ainsi que de nombreux civils pris au piège des affrontements. Les hôpitaux de la région, submergés, s’efforcent de prendre en charge des dizaines de blessés.
Le pays sous tension et la menace d’une succession sanglante
Face à l’embrasement, le gouvernement mexicain a réagi en déployant en urgence 10 000 soldats supplémentaires dans les zones les plus critiques. Les autorités locales ont ordonné la fermeture des écoles et ont appelé la population à un confinement strict. Dans plusieurs grandes villes, dont Guadalajara, la vie s’est arrêtée.
Le secteur touristique, déjà convalescent, est durement frappé. Plusieurs compagnies aériennes ont annulé leurs vols à destination et au départ de Guadalajara et de la station balnéaire de Puerto Vallarta. Les ambassades des États-Unis et du Canada ont émis des alertes sécuritaires pressant leurs ressortissants de faire preuve de la plus grande prudence.
Cette flambée de violence survient à un moment particulièrement mal choisi pour le Mexique. Le pays doit accueillir plusieurs matches de la Coupe du Monde de football 2026, dont Guadalajara est l’une des villes hôtes. La crise actuelle pose un défi sécuritaire et d’image majeur pour le gouvernement Sheinbaum, qui doit prouver sa capacité à contrôler le territoire avant l’arrivée de centaines de milliers de visiteurs.
Au-delà de la réponse immédiate du cartel, les experts craignent une nouvelle escalade. La mort d’El Mencho ouvre une lutte interne féroce pour sa succession à la tête du CJNG. « Nous entrons dans la phase la plus dangereuse », analyse Javier Cruz, chercheur en sécurité à Mexico. « Plusieurs lieutenants vont s’entretuer pour le contrôle de l’organisation. Cette guerre de succession, combinée à la volonté du cartel de montrer qu’il reste debout sans son chef, pourrait entraîner des semaines, voire des mois de violence encore plus intense. »
La fragilité chronique du Mexique face à la puissance de feu des cartels est une fois de plus exposée au grand jour. La mort d’El Mencho, victoire symbolique indéniable, rappelle cruellement l’ampleur du défi sécuritaire qui persiste et la difficulté à imposer la paix dans un pays gangrené par le narcotrafic.
Par Frédéric Konaté

