Ouganda : Museveni fait annuler une messe pour l’opposant Kizza Besigye, ses fidèles prient malgré l’interdiction

Une messe prévue pour soutenir l’opposant emprisonné Kizza Besigye a été interdite sur ordre du président Yoweri Museveni, provoquant une nouvelle escalade des tensions politiques dans le pays. Malgré la décision présidentielle, des partisans de la figure de l’opposition se sont rassemblés pour prier, défiant ouvertement le régime.

Un appel présidentiel pour faire annuler la cérémonie

L’information a été révélée par Winnie Byanyima, épouse de Kizza Besigye et directrice exécutive de l’ONUSIDA. Selon ses déclarations, l’archevêque de Kampala, Paul Ssemogerere, aurait reçu un appel téléphonique direct du président Yoweri Museveni lui ordonnant de suspendre la célébration religieuse prévue en l’honneur de l’opposant historique.

Cette messe, qui devait rassembler les fidèles et sympathisants de Kizza Besigye, était perçue comme un moment de recueillement et de solidarité envers l’homme politique emprisonné depuis 2024 pour des accusations de trahison.

Une désobéissance civile pacifique à la cathédrale Rubaga

Malgré l’interdiction présidentielle, les partisans de Besigye ont maintenu leur mobilisation. Ils se sont rassemblés dans l’enceinte de la cathédrale Rubaga de Kampala, l’un des lieux de culte les plus emblématiques du pays, pour prier pour la santé et la libération de leur leader.

Cette désobéissance civile pacifique constitue un défi direct à l’autorité de Museveni et illustre la détermination des soutiens de l’opposition à ne pas céder face à ce qu’ils considèrent comme une dérive autoritaire du pouvoir.

L’alerte de Winnie Byanyima sur la santé de son époux

Prenant la parole devant les fidèles et la presse, Winnie Byanyima a lancé un cri d’alarme concernant l’état de santé de Kizza Besigye. Détenu sans procès depuis plus d’un an, l’opposant verrait sa santé se dégrader dangereusement dans des conditions carcérales difficiles.

Byanyima a vivement dénoncé ce qu’elle qualifie d’instrumentalisation politique de la justice ougandaise. Elle a également souligné que cette interdiction de messe constitue une atteinte grave aux libertés religieuses fondamentales des Ougandais, un droit pourtant garanti par la Constitution.

Kizza Besigye : un parcours de rivalité avec Museveni

Ancien médecin personnel de Yoweri Museveni, Kizza Besigye a rompu avec le régime après avoir dénoncé des dérives antidémocratiques, la corruption endémique et le népotisme du pouvoir en place. Depuis cette rupture, il est devenu le principal rival politique du président, se présentant à plusieurs élections présidentielles qu’il a perdues dans des conditions souvent contestées par l’opposition et les observateurs internationaux.

Son charisme et sa constance dans la contestation ont fait de lui un symbole vivant de la lutte pour la démocratie en Ouganda, ce qui lui vaut un soutien populaire important mais aussi une répression constante de la part des autorités.

Vers une crispation accrue du régime ?

Cette interdiction de messe intervient dans un contexte déjà très tendu, marqué par l’emprisonnement des figures de l’opposition et la restriction des libertés publiques. Perçue comme une tentative désespérée d’étouffer la solidarité autour de Besigye, cette décision pourrait avoir l’effet inverse : renforcer la mobilisation de ses partisans et attirer une condamnation internationale plus ferme contre le régime de Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986.

Les prochains jours diront si cette défiance populaire pacifique parviendra à faire évoluer la situation de l’opposant emprisonné, ou si elle entraînera au contraire une répression plus sévère de la part des autorités ougandaises.

Par Rodrigue Izumo 

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