Tanzanie : Samia Suluhu Hassan désignée « tyran de l’année 2025 » par une ONG britannique

 

La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan a été désignée « tyran de l’année 2025 » par l’ONG britannique Index on Censorship, une organisation spécialisée dans la défense de la liberté d’expression à travers le monde. Cette distinction controversée fait suite à un vote en ligne massif organisé par l’ONG, auquel ont largement participé des citoyens tanzaniens.

Chaque année, Index on Censorship établit un classement des dirigeants accusés d’avoir gravement porté atteinte à la liberté d’expression dans leur pays. Pour l’édition 2025, le nom de la cheffe de l’État tanzanien s’est imposé dans un contexte de fortes tensions politiques et sociales.

Un climat politique sous haute tension
Selon l’ONG, les récents événements en Tanzanie ont mis en lumière un durcissement du pouvoir face à toute forme de critique ou d’opposition politique. La désignation de Samia Suluhu Hassan serait, d’après Index on Censorship, l’expression d’un ressentiment populaire difficilement exprimable dans l’espace public national, en raison de la crainte de représailles.

« Ce vote a offert aux populations un espace sûr pour exprimer leur colère et leurs frustrations sans risquer de sanctions directes », a expliqué Jemimah Steinfeld, journaliste et directrice générale d’Index on Censorship.
Dans ce contexte, la présidente est affublée par certains critiques de surnoms tels que « la bouchère de Tanzanie » ou encore « le tyran en hidjab », des appellations relayées dans des cercles militants et médiatiques, mais vivement rejetées par ses partisans.

Les élections présidentielles de 2025 au cœur des critiques

Les accusations se sont intensifiées après l’élection présidentielle du 29 octobre 2025, qui a reconduit Samia Suluhu Hassan à la tête du pays avec un score officiel avoisinant 98 % des suffrages. L’opposition, notamment le principal parti Chadema, a dénoncé une fraude électorale massive, entraînant des manifestations de grande ampleur, principalement portées par la jeunesse.
Ces mouvements de contestation auraient été sévèrement réprimés. Chadema affirme que plus de 2 000 personnes auraient été tuées lors des troubles, un chiffre non confirmé par les autorités, qui n’ont communiqué aucun bilan officiel. Durant cette période, l’accès à Internet a été suspendu pendant cinq jours, limitant fortement la diffusion d’informations et de preuves visuelles.

Des investigations numériques accablantes

Parallèlement, le Centre for Information Resilience (CIR), une organisation indépendante basée au Royaume-Uni, a conduit une enquête numérique approfondie sur les violences post-électorales. L’analyse s’est appuyée sur 185 images et vidéos, collectées entre le 29 octobre et le 4 novembre 2025, ainsi que sur des images satellitaires et des prises de vue par drone.

Dans son rapport, le CIR affirme avoir :
confirmé l’usage répété de balles réelles par les forces de sécurité et par des hommes armés en civil ;
identifié de possibles fosses communes à partir d’images satellites ;
relevé des images montrant des civils agressés, humiliés ou maltraités ;
observé ce qu’il décrit comme de grands amas de corps, visibles sur certains contenus analysés.

La réponse des autorités

Face à ces accusations, la présidente Samia Suluhu Hassan justifie l’action des forces de l’ordre par la nécessité de maintenir l’ordre public. Elle affirme que les manifestations auraient bénéficié de soutiens étrangers, visant selon elle à déstabiliser la Tanzanie.
Les autorités tanzaniennes rejettent toute accusation de crimes systématiques et dénoncent ce qu’elles qualifient de campagnes de désinformation orchestrées depuis l’étranger.

Une image internationale fragilisée

La désignation de Samia Suluhu Hassan comme « tyran de l’année 2025 » vient ternir l’image internationale d’une dirigeante qui, à son arrivée au pouvoir, avait suscité l’espoir d’une ouverture démocratique après l’ère de son prédécesseur.

Aujourd’hui, ce classement relance le débat sur l’état des libertés publiques en Tanzanie, tandis que la communauté internationale et les organisations de défense des droits humains appellent à des enquêtes indépendantes et à un dialogue politique inclusif.

Par Rodrigue Izumo 

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