Tchad : Le journaliste Noudjiemari Romaric retrace le parcours de l’animateur Ricardo Nanadoumngar Labé
Dans un portrait approfondi consacré à l’une des figures marquantes du paysage médiatique tchadien, le journaliste Noudjiemari Romaric de l’Office National des Médias Audiovisuels retrace le parcours singulier de Ricardo Nanadoumngar Labé, animateur radio et acteur culturel reconnu pour sa voix captivante et son influence dans la formation de nombreuses générations d’animateurs.
Doté d’une voix grave et bien timbrée, Ricardo Nanadoumngar Labé s’est imposé au fil des années comme une figure incontournable de l’animation radiophonique au Tchad. Sa manière de s’exprimer, sa capacité à captiver l’auditoire et son sens de la mise en scène radiophonique ont contribué à forger sa réputation. Connu pour sa démarche calme et posée, il est également reconnaissable à son style singulier, souvent accompagné de son éternel paquet de cigarettes qu’il manipule avec élégance.
Une enfance difficile marquée par la détermination d’une mère
Né le 28 septembre 1975 à N’Djamena, Ricardo Nanadoumngar Labé a connu une enfance particulièrement éprouvante. Dans ce portrait réalisé par Noudjiemari Romaric, l’animateur revient sur une période de sa vie durant laquelle il a vécu plus de deux ans dans la rue.
Il raconte qu’un événement décisif a marqué son retour à la maison. Sa mère, déterminée à lui faire abandonner définitivement cette vie, l’aurait conduit un jour au bord du fleuve Chari pour lui demander de choisir entre continuer à errer dans la rue ou revenir auprès de sa famille. Ce moment symbolique, vécu comme une forme de pacte, marquera un tournant dans sa vie.
« J’ai survécu parce qu’il y avait une mère qui ne m’a jamais abandonné », confie-t-il avec émotion, regrettant aujourd’hui que celle-ci n’ait pas pu pleinement profiter de la réussite de son fils.
Un homme respecté dans les milieux artistiques et culturels
Dans le milieu artistique tchadien, Ricardo Nanadoumngar Labé est connu sous plusieurs surnoms affectueux : « grand frère », « padré », ou encore « compagnon ». Ces appellations traduisent le respect que lui témoignent de nombreux artistes et jeunes animateurs.
L’animateur possède en effet une capacité rare : celle de créer un pont entre les générations, dialoguant aussi bien avec les pionniers de la culture tchadienne qu’avec la nouvelle vague d’artistes et de professionnels des médias.
Mesurant environ 1,77 m, Ricardo avait pourtant d’autres ambitions dans sa jeunesse. Il rêvait de devenir avocat, tandis que sa mère espérait le voir embrasser la vocation de prêtre. Mais son attrait pour la culture et l’animation finira par orienter son destin vers les médias.
« Aujourd’hui, je ne suis ni prêtre ni avocat, mais je mène mon combat pour la justice sociale et la vie sociale », explique-t-il.
Une carrière marquée par la radio nationale
La carrière de Ricardo Nanadoumngar Labé s’est construite principalement au sein de Radio Tchad, aujourd’hui rattachée à l’ONAMA. Il a également marqué les auditeurs à travers des programmes diffusés sur FM 92.5, où il affirme avoir été l’un des premiers animateurs.
Selon lui, ses débuts ont été marqués par une certaine incompréhension. Son style et sa vision de l’animation radiophonique étaient, affirme-t-il, « en avance de 10 à 15 ans » sur leur époque.
Durant plusieurs années, il animera des émissions quotidiennes, parfois seul à l’antenne, contribuant à installer de nouvelles dynamiques dans le paysage radiophonique tchadien. Ses programmes visaient notamment à sensibiliser les citoyens et à encourager la réflexion sociale, utilisant la radio comme un outil d’éveil et de responsabilisation.
Ricardo affirme également avoir contribué à introduire de nouvelles approches dans l’animation et la production radiophonique, laissant selon lui une empreinte durable dans l’histoire de la radio nationale.
Un engagement guidé par la passion
Malgré sa notoriété, Ricardo révèle avoir travaillé pendant de longues années comme bénévole à Radio Tchad. Il précise n’avoir jamais été officiellement pigiste, contractuel ou agent de l’État.
« Tout ce que je faisais à la radio, c’était par passion, par amour du métier et par patriotisme », explique-t-il.
Une situation qui illustre les difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux professionnels des médias dans le pays. Pourtant, l’animateur ne nourrit aucun regret, estimant avoir réussi à bâtir ce qu’il appelle « la marque Ricardo », symbole de son identité et de son parcours.
Un regard lucide sur le métier
Père de huit enfants – cinq garçons et trois filles, Ricardo Nanadoumngar Labé porte un regard réaliste sur son métier. Selon lui, l’animation médiatique peut offrir une grande visibilité sans garantir une stabilité financière.
« Tu peux être connu par tout le monde, apprécié ou critiqué par tous, mais parfois incapable d’acheter un sac de riz pour ta famille », explique-t-il.
Pour cette raison, il encourage ses enfants à choisir des professions plus stables, même modestes, estimant que la dignité du travail prime sur la notoriété.
Un mentor pour la nouvelle génération
Au-delà de sa carrière personnelle, Ricardo Nanadoumngar Labé se considère comme un passeur de savoir. Conscient de l’importance de préparer la relève, il affirme avoir contribué à former ou inspirer des centaines de jeunes animateurs radio, présentateurs télé et animateurs de spectacles.
« J’ai appris et je dois transmettre », affirme-t-il, convaincu que l’expérience acquise doit bénéficier à la nouvelle génération.
Une reconnaissance internationale
Son engagement dans la promotion culturelle et médiatique lui a valu plusieurs distinctions. Ricardo Nanadoumngar Labé a notamment reçu une médaille de reconnaissance de l’Ambassade de France au Tchad, saluant vingt années de collaboration avec l’Institut Français du Tchad (IFT).
Une philosophie de vie simple
Aujourd’hui encore, Ricardo reste fidèle à une philosophie qu’il résume en trois mots : travail, paix et détermination.
Amateur de sauce d’oseille accompagnée de poisson fumé, servie avec du riz ou de la boule, il confie également une préférence pour les couleurs noir et blanc, symboles selon lui de simplicité et d’équilibre.
À travers ce portrait réalisé par Noudjiemari Romaric, se dessine le parcours d’un homme dont la voix et la passion ont marqué plusieurs générations d’auditeurs, faisant de Ricardo Nanadoumngar Labé une figure emblématique de l’histoire de la radio tchadienne.
Retrouvez l’intégralité du reportage de Noudjiemari Romaric👇👇👇
Par Kenzo Brown

