Togo : Lomé accueille une réunion stratégique du Parlement régional pour réformer les programmes d’enseignement en Afrique de l’Ouest.

La capitale togolaise est devenue, depuis le 10 mars 2026, l’épicentre des réflexions sur l’avenir de la jeunesse ouest-africaine. La commission mixte chargée de l’éducation, de la culture, de la santé et des technologies de l’information du Parlement de la CEDEAO tient une réunion de haut niveau jusqu’au 14 mars. L’objectif est de plancher sur un enjeu majeur : l’adéquation entre les programmes d’enseignement et les réalités socio-économiques de la sous-région.

La cérémonie d’ouverture a été présidée par Son Excellence Hadja Mémounatou Ibrahima, Présidente du Parlement de la CEDEAO, en présence du ministre togolais de l’Éducation nationale, Mama Omorou, et de nombreux parlementaires et experts venus des États membres.

Un constat alarmant sur l’employabilité des jeunes

Les travaux s’articulent autour d’un thème central : « renforcer l’alignement des programmes d’enseignement sur les besoins socio-économiques de la sous-région ». Cette initiative fait suite à un constat partagé par l’ensemble des acteurs : les systèmes éducatifs ouest-africains produisent trop souvent des diplômes déconnectés des besoins réels du marché du travail.

Les chiffres présentés lors de la réunion sont éloquents. L’Organisation internationale du travail estime qu’environ un jeune sur trois en Afrique de l’Ouest est au chômage ou en situation de sous-emploi. Parallèlement, la Banque mondiale indique que plus de 60 % des entreprises de la région peinent à recruter des profils qualifiés, freinant ainsi leur développement et la croissance économique.

Face à ce paradoxe, la nécessité d’une refonte en profondeur des curricula, du primaire à l’université, est devenue une urgence.

Des pistes concrètes pour une éducation « compétences »

Pour remédier à ce décalage, la commission mixte a défini plusieurs axes de travail prioritaires :

· Évaluation des programmes existants en les confrontant aux besoins des secteurs porteurs de l’économie régionale.
· Renforcement de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, perçus comme des voies d’excellence pour favoriser l’insertion et l’auto-entrepreneuriat.
· Promotion de curricula axés sur les compétences, mettant l’accent sur l’innovation, la pensée critique et l’adaptabilité, plutôt que sur le simple apprentissage par cœur.

« Il est temps de cesser de considérer l’éducation comme une industrie productrice de diplômes, pour en faire un véritable catalyseur de compétences », a déclaré l’honorable Soklingbé Senou, chef de la délégation togolaise, résumant ainsi l’esprit des discussions.

Le Togo, un exemple de réformes en cours

Le choix de Lomé pour abriter cette rencontre n’est pas anodin. Le ministre Mama Omorou a salué cette marque de confiance et a rappelé les réformes entreprises par le gouvernement togolais sous l’impulsion du Président Faure Essozimna Gnassingbé. Il a notamment cité les partenariats avec le secteur privé et la promotion de l’esprit entrepreneurial chez les jeunes, des initiatives qui visent précisément à rapprocher l’école du monde économique.

Vers un cadre juridique renforcé

La Présidente du Parlement de la CEDEAO, Mémounatou Ibrahima, a pour sa part rappelé le socle juridique existant, en particulier le Protocole A/P3/1/03 adopté en 2003. Ce texte offre un cadre solide pour harmoniser les politiques éducatives à l’échelle régionale, une condition essentielle pour permettre la libre circulation des compétences et des talents.

Cette réunion de la commission mixte marque ainsi une étape décisive dans la volonté des États membres de faire de l’éducation un véritable levier de développement durable et de stabilité sociale en Afrique de l’Ouest.

Par Jérôme Wailifu 

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