Mali : Vers une présidence à vie pour Assimi Goïta ?
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Un tournant décisif se profile au Mali. Le général Assimi Goïta, président de la transition depuis le coup d’État d’août 2020, pourrait devenir président sans limite de mandat. Un projet de loi adopté en conseil des ministres le 11 juin 2025 prévoit en effet de lui accorder un mandat de cinq ans renouvelable, sans passage obligatoire par les urnes, jusqu’à la « pacification totale » du pays.
Ce texte, qui doit encore être validé par le Conseil national de Transition – largement acquis à la cause du régime – formalise une volonté déjà perceptible depuis plusieurs mois : celle d’asseoir durablement l’autorité d’un pouvoir militaire au détriment des institutions démocratiques classiques.
Un pouvoir renforcé sans élection
Selon le contenu du projet, Assimi Goïta pourrait rester à la tête du Mali au moins jusqu’en 2030, voire au-delà, sans organisation d’élections présidentielles. Cette prolongation serait justifiée par les défis sécuritaires persistants, partagés avec les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), à savoir le Burkina Faso et le Niger, également dirigés par des juntes militaires.
La mesure s’inscrit dans une logique régionale qui entend privilégier la stabilité par la continuité autoritaire, dans un contexte de rupture avec les anciennes puissances coloniales et d’hostilité envers les institutions ouest-africaines comme la CEDEAO.
Une opposition indignée
Du côté de l’opposition, les réactions sont vives. Les voix critiques dénoncent une dérive autocratique assumée. L’ancien journaliste malien Malick Konaté, aujourd’hui en exil, a fustigé ce qu’il qualifie d’« enterrement en grande pompe du Mali républicain ».
« Le régime militaire n’est plus déguisé, il est paré du boubou neuf de la dictature », écrit-il sur les réseaux sociaux. Pour lui, et pour nombre d’observateurs nationaux comme internationaux, ce projet de loi n’est rien de moins qu’un « braquage politique maquillé en texte législatif ».
Une transition qui s’éternise
Depuis le coup d’État de 2020, les promesses de transition vers un pouvoir civil se sont étiolées. Les échéances électorales ont été plusieurs fois repoussées, tandis que le pouvoir exécutif se renforce et verrouille peu à peu tous les leviers de décision. Ce projet de loi pourrait achever de transformer la transition militaire en une présidence permanente.
Dans un contexte de repli stratégique sur le plan international, avec la sortie du Mali de la CEDEAO et le rapprochement avec des partenaires comme la Russie, cette réforme constitutionnelle renforce un isolement qui pourrait s’avérer lourd de conséquences.
Quelles perspectives pour le Mali ?
Si le projet est adopté sans amendements par le Conseil national de Transition, Assimi Goïta pourrait entamer en 2025 un nouveau mandat aux contours flous et à la durée indéfinie. Une situation qui pose la question fondamentale de l’avenir démocratique du Mali, pays longtemps cité comme modèle de transition démocratique en Afrique de l’Ouest.
À l’heure où le Sahel est secoué par de multiples crises sécuritaires, économiques et sociales, la concentration du pouvoir entre les mains d’un seul homme semble risquée pour la cohésion nationale et l’espoir d’un retour à l’ordre constitutionnel.
Par Cherif Keita

