Tchad: Disparition d’Alifa Day Daniel : le dernier des Mohicans de la musique traditionnelle s’en est allé

Le monde de la culture tchadienne est en deuil. Alifa Day Daniel, poète, humoriste, cithariste de renom et dernier grand représentant d’une génération d’artistes traditionnels, est décédé ce matin à Laï, dans la province de la Tandjilé. Il avait près de 83 ans.

Né dans les années 1942 à Mereu, dans le canton Boulo, département de la Tandjilé Ouest, Alifa Day Daniel fut le onzième d’une famille comptant plus de 130 enfants. Très jeune, il embrasse la musique grâce à un griot du nom de Guilou Mbadjé, qui l’initie à la cithare choua, instrument dont il deviendra plus tard l’un des maîtres incontestés.

Une vie dédiée à la musique et à la parole

Ses prestations lors des cérémonies de deuils et de réjouissances dans son village et au-delà l’ont très tôt imposé comme un artiste au talent rare, capable d’émouvoir autant que de faire rire. Véritable poète populaire, Alifa Day Daniel maîtrisait l’art de mêler satire, sagesse et humour dans ses compositions, faisant de lui un artiste complet et profondément enraciné dans la culture tchadienne.

En mars 2011, grâce à l’appui du Maître Béchir Madet, notaire et mécène disparu il y a trois ans, le « dernier des Mohicans » entre en studio pour enregistrer son unique album. Le concert de lancement de ce disque restera dans les mémoires comme un moment d’émotion intense, célébrant toute une génération d’artistes ayant su magnifier la musique traditionnelle.

Un artiste éprouvé par la vie

Malvoyant et affaibli par l’âge, Alifa Day Daniel vivait ces dernières années dans des conditions précaires au quartier Taba à Laï. Depuis le décès de son épouse Fatimé Dianne, survenu il y a plus de dix ans, il peinait à subvenir à ses besoins, soutenu uniquement par son neveu. De ses quatre enfants, un seul est encore en vie.

Dans une interview accordée en  décembre dernier lors des campagnes législatives au journal l’œil du Sahara, le vieux maître confiait avec émotion : « Si j’avais encore la force et un peu de soutien, je continuerais à chanter pour mon pays. »

Baptisé il y a quatre ans à la paroisse cathédrale Sainte-Famille de Laï, l’artiste semblait avoir trouvé, au soir de sa vie, la paix spirituelle qu’il avait tant cherchée.

Hommage d’une nation à son patriarche musical

L’annonce de sa mort a suscité une vague d’émotion parmi les mélomanes et acteurs culturels. Tous saluent la mémoire d’un homme simple, passionné, et profondément attaché à ses racines. Son départ marque la fin d’une époque, celle des grands maîtres de la tradition orale tchadienne.

À travers son parcours, Alifa Day Daniel laisse un héritage immatériel inestimable, fait de mélodies, de sagesse et de poésie, que les jeunes générations gagneraient à redécouvrir.

« Il était le dernier des Mohicans, mais son œuvre continuera de chanter la beauté du Tchad profond », a confié un proche de l’artiste.

Le journal l’œil du Sahara présente ses sincères condoléances à la famille éplorée.

Par Kenzo Brown 

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