Afrique : Crise au Sahel : le Togo, un refuge pour les populations déplacées
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La crise sécuritaire qui frappe le Sahel depuis près de quinze ans continue de bouleverser des millions de vies. Les civils paient le plus lourd tribut de cette instabilité marquée par les attaques armées, les déplacements forcés et la destruction de villages entiers.
Face à cette situation dramatique, le Togo apparaît aujourd’hui comme une terre d’asile pour de nombreuses familles ayant tout perdu.
Originaires notamment du Burkina Faso, du Mali et du Niger, des milliers de réfugiés ont fui la violence pour chercher sécurité et protection au nord du Togo. Arrachées à leurs terres et à leurs moyens de subsistance, ces populations tentent de se reconstruire dans des conditions souvent difficiles, entre précarité économique et traumatismes psychologiques.
Ibrahim, 47 ans, fait partie de ces déplacés. Issu de l’ouest du Burkina Faso, il menait jusqu’en 2024 une vie paisible avec son épouse et leurs huit enfants. Agriculteur, il exploitait une vingtaine d’hectares de terres sur lesquelles il cultivait du mil, du maïs, des haricots et des arachides. « Ces récoltes suffisaient à nourrir ma famille et parfois à vendre un surplus pour couvrir d’autres besoins », explique-t-il.
Cette stabilité a été brutalement brisée par l’irruption d’un groupe armé dans son village. « Ils étaient nombreux, lourdement armés et le visage masqué. Ils nous ont rassemblés avant de nous forcer à quitter nos maisons », raconte Ibrahim. Lui et plusieurs villageois ont ensuite été retenus en otage pendant près de vingt jours dans la brousse, dans des conditions extrêmes. Certains y ont laissé la vie, victimes de la faim, de la soif ou de la violence.
Profitant d’un moment de relâchement de leurs ravisseurs, Ibrahim et sa famille parviennent à s’enfuir de nuit. S’ensuit un long périple à travers l’est du Burkina Faso, puis vers le sud, jusqu’à atteindre le Togo après plusieurs semaines de marche. Ils finissent par s’installer dans une localité située à la frontière nord du pays.
« Nous avons retrouvé la sécurité et une certaine tranquillité d’esprit », confie Ibrahim. Mais malgré ce sentiment de paix, la réalité reste difficile : absence de revenus stables, conditions de vie précaires et lourdes séquelles psychologiques liées aux violences subies.
Pour accompagner ces familles dans leur processus de reconstruction, des organisations humanitaires, dont Humanity & Inclusion (HI), interviennent sur le terrain. Elles proposent un soutien psychologique, orientent les réfugiés vers des structures de soins appropriées et apportent une assistance financière afin de répondre aux besoins les plus urgents.
En accueillant des populations déplacées par la crise sahélienne, le Togo fait preuve d’une solidarité remarquable. Toutefois, les défis demeurent considérables. La situation appelle à une mobilisation renforcée des acteurs nationaux et internationaux afin d’assurer une prise en charge durable et de redonner espoir à ces hommes, femmes et enfants contraints de fuir pour survivre.
Par Frédéric Konaté
