Tchad : diplômes, mérite et gouvernance, un débat qui dérange

Au Tchad, la question des critères d’accès aux plus hautes responsabilités de l’État refait surface et suscite de vives interrogations. Une récente prise de position du professeur Avocksouna Djona relance le débat sur la place accordée à la formation académique et au mérite dans la gouvernance du pays.
Dans une déclaration largement commentée, l’universitaire s’est interrogé sur une réalité qu’il juge préoccupante : l’accession à des fonctions ministérielles ou militaires de premier plan par des responsables dont le parcours académique semble parfois secondaire. « Être ministre ou général avant d’avoir son baccalauréat ou son doctorat interroge », a-t-il déclaré, précisant ne pas s’inscrire dans une logique politique partisane.
Au-delà de cette sortie, c’est une problématique de fond qui est posée : peut-on bâtir une gouvernance efficace et durable sans accorder une place centrale à la compétence, à la formation et à l’excellence intellectuelle ? Pour le professeur Avocksouna Djona, l’expérience, bien que précieuse, ne peut à elle seule se substituer à une solide formation, surtout dans un monde où les enjeux économiques, sécuritaires et institutionnels deviennent de plus en plus complexes.
Cette réflexion trouve un écho particulier auprès de la jeunesse tchadienne. Nombre de jeunes diplômés, confrontés au chômage et à la précarité, perçoivent ces situations comme une injustice, alors même que l’accès à l’emploi leur est conditionné par des diplômes et des qualifications rigoureuses.
La crédibilité et l’efficacité des institutions publiques sont également au cœur du débat. Pour plusieurs observateurs, l’absence de critères transparents et fondés sur le mérite fragilise la confiance des citoyens envers l’État et alimente un sentiment de frustration sociale. Revaloriser la compétence et la formation apparaît ainsi comme un enjeu majeur pour renforcer la gouvernance et l’autorité de l’État.
Par son interpellation, le professeur Avocksouna Djona invite à une réflexion nationale sur les mécanismes de nomination et de promotion aux plus hautes fonctions publiques. Un appel à repenser les fondements de la gouvernance tchadienne, dans l’optique de garantir la crédibilité des institutions et d’offrir des perspectives plus justes à la jeunesse du pays.

Par Mbaikoula Philippe 

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