Cameroun : Fin de l’ère Cavaye Yeguié, Théodore Datouo élu à la tête de l’Assemblée nationale
Un chapitre historique s’est refermé ce mardi 17 mars 2026 à Yaoundé. Après trente-quatre ans de règne sans partage sur le perchoir, Cavaye Yeguié Djibril a cédé sa place à Théodore Datouo, élu nouveau président de l’Assemblée nationale du Cameroun.
C’est une page qui se tourne au Palais de Verre. Théodore Datouo, originaire de Bangou dans la région de l’Ouest et jusqu’alors vice-président de l’institution, a été élu pour prendre les rênes du Parlement camerounais. Il succède ainsi à Cavaye Yeguié Djibril, figure emblématique du paysage politique, qui occupait ce poste sans discontinuer depuis 1992.
Cette élection marque la fin d’une longévité exceptionnelle à la tête de l’institution. Véritable pilier du régime, Cavaye Yeguié Djibril aura traversé plusieurs quinquennats et mutations politiques, devenant le symbole d’une certaine stabilité, mais aussi d’une mainmise partisane sur le législatif.
Avec l’arrivée de Théodore Datouo, le parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), semble vouloir incarner un renouvellement. Si le profil du nouveau président de l’Assemblée est celui d’un homme d’appareil, son élection est analysée par les observateurs comme une tentative de « souffle nouveau » après trois décennies de gestion Cavaye. Reste à savoir si ce changement de visage s’accompagnera d’une évolution dans le fonctionnement de l’institution.
La transition a immédiatement suscité des réactions, notamment celle de la société civile. L’activiste et avocat Nkongho Felix Agbor a livré une analyse prudente, voire sceptique. Pour lui, cette alternance à la tête du Parlement représente un « test majeur ». Selon le leader du Centre pour l’éducation au développement (CENDEP), c’est désormais sur la « crédibilité et l’indépendance » de l’Assemblée nationale que les projecteurs doivent être braqués. Le défi pour Théodore Datouo sera de prouver que le Parlement peut jouer pleinement son rôle de contre-pouvoir et se montrer à la hauteur des défis sécuritaires, économiques et sociaux qui attendent le pays.
Au-delà de la simple succession, cette élection est perçue par de nombreux analystes comme un tournant potentiel dans l’équilibre des pouvoirs au sein de l’appareil d’État. Si le RDPC conserve la main, la fin de l’ère Cavaye ouvre une période d’incertitude politique. Le nouveau président de l’Assemblée nationale, originaire de l’Ouest, modifie également l’équilibre géopolitique de la représentation nationale.
L’avenir dira si cette transition marque le début d’une nouvelle dynamique parlementaire ou si elle se résume à un simple changement de visage dans la continuité d’un système bien rodé.
Par Georges Domo

