Sénégal : Abdoulaye Wade: mathématicien, avocat, agrégé, président – 27 ans d’opposition, 12 ans de présidence, un CV à couper le souffle : voici l’homme, retour sur un destin unique
« Ecce Homo » , voici l’homme. Cette expression latine, utilisée par Ponce Pilate présentant Jésus à la foule, résonne avec une force particulière lorsqu’on l’applique à Abdoulaye Wade. Non pas pour une quelconque mise en parallèle sacrilège, mais pour souligner ce que ce document a d’unique : la présentation brute, presque sidérante, d’un destin hors norme.
Né le 29 mai 1926 à Saint-Louis, une ville empreinte d’histoire coloniale et intellectuelle, Abdoulaye Wade a traversé presque un siècle d’histoire africaine. Lorsqu’il quitte la présidence du Sénégal en 2012, il a 86 ans. Mais son curriculum vitae ne se lit pas comme celui d’un homme politique ordinaire : c’est le mémorandum d’un esprit universel, d’un bâtisseur d’institutions et d’un combattant de la démocratie.
Ce CV stupéfie d’abord par sa densité académique. Mathématiques supérieures au prestigieux Lycée Condorcet à Paris, puis un parcours qui le mène de la mécanique rationnelle à la psychologie générale, du droit à l’économie politique. Il est tour à tour étudiant en mathématiques spéciales, lauréat d’un certificat de morale et sociologie, licencié en droit, docteur honoris causa de neuf universités à travers le monde – de Bordeaux à Rabat, de Clermont-Ferrand à Naples. Il sera agrégé des facultés de droit et sciences économiques en 1970, une consécration rare pour un Africain à cette époque.
Mais Wade n’a jamais été un homme de cabinet. Avocat stagiaire à Besançon puis à Grenoble, il plaide au barreau de Dakar pendant plus de vingt-cinq ans, défendant aussi bien des causes individuelles que la cause collective des paysans africains, qu’il qualifiait d’« oubliés du développement ». Son engagement politique commence en 1974, à une époque où l’opposition en Afrique se faisait souvent dans la clandestinité ou les armes à la main. Lui choisit la légalité. Il fonde le Parti Démocratique Sénégalais et devient, pour vingt-sept ans, le visage d’une opposition pacifique mais inflexible.
Son coup d’éclat le plus célèbre ? Refuser en 1992 un poste de vice-président de la République que lui proposait le président Abdou Diouf, préférant affronter le suffrage universel. Son mantra : « Je ne veux pas aller au palais en marchant sur des cadavres. »
Ce CV raconte aussi l’homme d’État international. Rédacteur en 1973 de la Charte africaine de la coopération et du développement adoptée par l’OUA, président du groupe d’experts africains associant l’OUA et la Banque africaine de développement pour les négociations monétaires mondiales, il a posé sa griffe sur l’architecture économique du continent.
Surtout, il fut l’initiateur de grandes conférences : le dialogue islamo-chrétien à Dakar en 2008, les rencontres panafricaines des intellectuels d’Afrique et de la diaspora. Et il porta loin une exigence morale : celle d’une « clause démocratie » et d’une « clause paysanne » dans les accords de Lomé entre l’Union européenne et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique – faisant de l’aide internationale une force de transformation sociale et politique.
Les distinctions pleuvent : grand officier de la Légion d’honneur française, prix Houphouët-Boigny de l’UNESCO pour la recherche de la paix en 2006, médaille Confucius, prix Harriman pour la démocratie. En 2008, il est élu patron de l’Internationale libérale à Belfast.
Mais la plus grande victoire reste électorale. En mars 2000, puis confirmé en 2007, il bat le président sortant Abdou Diouf avec 58,50 % des voix au second tour une alternance pacifique et historique pour le Sénégal et pour l’Afrique.
Curriculum Vitæ intégral d’Abdoulaye Wade
Date de Naissance : 29 mai 1926 à Saint Louis
Président de la République du Sénégal : Mars 2000 à 2012
CURSUS UNIVERSITAIRE
Études de Mathématiques et de Sciences Physiques
· 1950 – 1951 : Mathématiques Elémentaires (Math Elem), Lycée Condorcet Paris
· 1951 – 1952 : Mathématiques Supérieures (Math Sup), Lycée Condorcet Paris
· 1952 – 1953 : Mathématiques spéciales (Mat Spé), année scolaire non terminée, Lycée Condorcet, Paris
· 1952 – 1957 : Certificat d’Etudes Supérieures de Mathématiques Générales (Math Géné), Faculté des Sciences, Université de Besançon, France
· 1957 – 1958 : Certificat d’Etudes Supérieures de Mathématiques, Physique et Chimie (MPC), Faculté des Sciences, Université de Besançon, France
· Cours Annuel de Mécanique Rationnelle, Faculté des Sciences, Université de Besançon, France
Études classiques et Lettres
· 1946 – 1947 : Diplôme de Fin d’Etudes Normales, Ecole Normale Fédérale William Ponty de l’Afrique Occidentale, Sébikotane, Dakar : Diplôme de l’Ecole Fédérale William Ponty, Sébikotane, Dakar
· 1952 – 1955 : Certificat d’Etudes Supérieures de Psychologie Générale, Faculté des Lettres, Université de Besançon, France
· Certificat d’Etudes Supérieures de Morale et Sociologie, Faculté des Lettres, Université de Besançon, France
· 1958 – 1959 : Certificat d’Etudes Supérieures de Psychologie de la Vie Sociale, Faculté des Lettres, Université de Grenoble, France
· Cours annuel de Philosophie Générale, Faculté des Lettres, Grenoble, France
Études de droit et de Sciences Economiques – Enseignement
· 1952 – 1955 : Licence en droit, Faculté de Droit de Besançon Dijon, France
· 1957 : Diplôme d’Etudes Supérieures d’Economie Politique, Faculté de Droit et des Sciences Economiques, Université de Dijon, France
· 1958 : Diplôme d’Etudes Supérieures de Droit Public, Faculté de Droit et des Sciences Economiques, Université de Grenoble, France
· 1959 : Diplôme d’Etudes Supérieures de Sciences Economiques, Faculté de Droit et des Sciences Economiques, Université de Grenoble, France
· Soutenance de thèse de Doctorat en Droit et des Sciences Economiques, Mention Très Bien – Prix de Thèse
· 1959-1966 : Chargé d’enseignement puis Chargé de Cours à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques, Université de Dakar
· 1967 : Stage de Recherche en Econométrie à l’Université de Boston (U.S.A)
· 1967-1968 : Assistant à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques, Université de Paris II, Assas Panthéon
· 1970 : Agrégé des Facultés de Droit et des Sciences Economiques, Section Sciences Economiques – Paris – Panthéon, Université de la Sorbonne
· 1971-1973 : Professeur à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques, Université de Dakar
FONCTIONS NATIONALES
· 1970-1971 : Doyen de la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l’Université de Dakar
· 1970-1978 : Membre du Conseil Economique et Social, CES, Président de la Commission des Etudes Générales et Synthèses
· Depuis 1974 : Secrétaire Général National Fondateur du Parti Démocratique Sénégalais
· 1978 – 1983 : Député du Sénégal
· avr. 91– oct. 92 : Ministre d’Etat de la République du Sénégal
· mars 95 – mars 98 : Ministre d’Etat Auprès du Président de la République du Sénégal
FONCTIONS INTERNATIONALES
· 1972 : Président du Groupe des Experts africains de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) et de la Banque africaine de Développement (BAD) dans les Négociations Monétaires Internationales sur le Financement du Développement et le Commerce Intra Africain
· 1973 : Rédacteur de la Charte Africaine de la Coopération, l’Indépendance Economique et le Développement adopté par le Sommet des Chefs d’Etats de l’OUA à Addis-Abeba, Ethiopie, en 1973
EXPERIENCE GOUVERNEMENTALE
Maître Abdoulaye WADE a été élu Député du Sénégal et deux fois Ministre
· En 1992, il avait décliné l’offre qui lui avait été faite par le Président Abdou DIOUF d’un poste de Vice Président de la République, son parti ayant préféré présenter sa candidature aux élections présidentielles de 1993 plutôt que le ticket présidentiel
· En 1995 – 1996 Maître Abdoulaye WADE est « Ministre d’Etat auprès du Président de la République »
Chaque fois Maître Abdoulaye WADE a démissionné librement, ce qui était une innovation en Afrique.
EXERCICE DE LA PROFESSION D’AVOCAT
· 1955 – 1958 : Avocat Stagiaire au Barreau de Besançon, France
· 1958 – 1959 : Avocat Stagiaire au Barreau de Grenoble, France
· 1959 – 1985 : Avocat au Barreau de Dakar, Sénégal
DECORATIONS
· Grand Maître de l’Ordre National du Lion – Sénégal
· Grand Officier de la Légion d’Honneur (France)
· Commandeur de l’ordre du Mérite (Sénégal)
ACTIVITÉS POLITIQUES
Leader de l’opposition pendant 27 ans.
· La stabilité, la tranquillité et la paix au Sénégal reposaient largement sur Maître Abdoulaye WADE qui, malgré son écrasante popularité a délibérément choisi la lutte pacifique et la conquête du pouvoir par la voie des urnes au lieu de la confrontation.
· Rappelons son célèbre mot: « Je ne veux pas aller au palais en marchant sur des cadavres ».
· Présenté par l’hebdomadaire « Jeune Afrique » comme le premier opposant d’Afrique, Maître Abdoulaye WADE est en effet celui qui, en 1974, à une époque où tous les mécontents d’Afrique allaient créer à l’extérieur des Mouvements de Libération Nationale Armés, a préféré créer un parti politique légal. cf. Thèse de Madame Christine DESOUCHES à la Sorbonne: « Un Parti d’Opposition légale en Afrique, Le Parti Démocratique Sénégalais ». Editions Berger Levrault, Paris.
· Au prix de nombreux sacrifices, interpellations et emprisonnements, le père de la Démocratie au Sénégal et en Afrique est celui qui a su conquérir, une à une, avec obstination, les libertés et les droits de l’Homme au Sénégal.
· Un tout puissant ancien Ministre de l’Intérieur disait de lui : « Il peut faire passer le pays de l’Etat de non Droit à l’Etat de Droit en 48 heures ! »
· Partisan de la « clause démocratie » insérée dans les accords de Lomé signés entre l’Union Européenne et les pays ACP faisant du respect de la démocratie une condition de l’aide, l’ancien avocat de la Cour d’Appel de Dakar est aussi, depuis des décennies, l’avocat des Paysans Africains. En effet il plaide en faveur de l’insertion dans ces Accords d’une « clause paysanne » subordonnant l’octroi de l’aide à une amélioration réelle de la condition des paysans qui supportent le fardeau de la croissance tout en étant les « Oubliés du développement ».
Résultats des élections
Lors du second tour des élections Maître Abdoulaye WADE a confirmé brillamment les résultats du premier tour.
Maître Abdoulaye WADE a été élu avec 58,50% des voix face à l’ancien Président DIOUF qui n’a recueilli que 41,50% des voix.
DISTINCTIONS ACADEMIQUES
· Docteur Honoris Causa de l’Université de Bordeaux 2001.
· Docteur Honoris Causa de l’Université de Clermont-Ferrand 2002.
· Docteur Honoris Causa de l’Université de Mohamed V de Rabat 2003.
· Docteur Honoris Causa de l’Université de Minnesota USA 2004.
· Docteur Honoris Causa de l’Université Suffolk de Dakar 2004.
· Docteur Honoris Causa de l’Université de Lyon France 2005.
· Docteur Honoris Causa de l’Université de Besançon France 2005.
· Docteur Honoris Causa de l’Université de Naples Italie 2005.
· Membre de l’Académie de Droit comparé Stockholm, Suède.
· Membre Honoraire de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, Paris 2002
· Diplôme d’honneur de l’Académie royale du Maroc 2003.
· Diplôme d’honneur et médaille d’or du Centre International de la Paix de Verdun 2002.
· Diplôme d’honneur de l’Université John Hopkins de Washington 2002
· Diplôme d’honneur de l’Université Harvard USA 2002.
· Prix et médaille de Vermeil pour la Paix de l’Université Saint Joseph de Beyrouth, Liban 2003.
· Diplôme et Médaille Confucius de l’UNESCO pour la Paix 2003.
· Diplôme et Médaille d’or pour la Paix de l’ISESCO 2003.
· Diplôme d’honneur de l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales (HEC), Paris 2004.
· Lauréat du Prix de la Démocratie et des Droits de l’Homme de la Diaspora.
· Lauréat du Prix de la Ligue Internationale des Droits de l’Homme de New York, Septembre 2004.
· Lauréat du Prix Harriman pour la Démocratie du NDI à Washington en Décembre 2004.
· Lauréat de l’Académie Internationale des Grandes Réussites de New York, édition 2005.
· Distinction de la « Pierre d’Hiroshima pour la Paix en Afrique de Tokyo », 2003.
· Prix et Médaille d’Or Henry Sylvester Williams pour la Renaissance Africaine (Trinidad et Tobago) Juillet 2003.
· Chargé de la réalisation du projet de construction de la Cité Universelle de la Paix à Loumpoul sur Mer, Sénégal, 2004.
· Initiateur de la première Conférence Panafricaine des Intellectuels d’Afrique et de la Diaspora, Décembre 2003, Mai 2004 et Octobre 2004.
· Initiateur de la 1ère Conférence Internationale du Dialogue Islamo-Chrétien à Dakar en 2008.
· Prix abolitionniste de l’année 2005 de l’organisation humanitaire « Ne touchez pas à Cain ».
· Lauréat du Forum Economique du CRANS Montana 2005, 13ème Edition CRANS.
· Membre de l’Académie Internationale de Droit comparés (Stockholm, Suède).
· Member of “The international Academy of Trial Lawyers” (San José de Californie, USA)
· Membre de l’Académie des sciences d’Outre-Mer.
· Canne d’Or de la Paix: coalition des femmes leader d’Afrique 2005.
· Prix International de la Liberté décerné par l’Internationale Libérale en mars 2003 à Casablanca
· Docteur Honoris Causa de l’Université de Montpellier 1, mars 2009
DISTINCTIONS HONORIFIQUES
· Distinction des premières Assises Africaines de la Paix de Lomé, Togo par les ‘’lauriers d’or de la paix ».
· Médaille et Canne d’Or de la Paix du Conseil Universel de la Paix en Afrique de l’Est et du Centre, 2002.
· Distinction de don à la terre de WWF (union mondiale pour la nature) (2005).
· Distinction pour leadership éclairé dans la promotion du développement du secteur privé en Afrique: Whitaker group (AGOA 2005).
· Gender Award du Comité Africain des Femmes Juristes Africaines en 2005.
· Prix et Médaille de reconnaissance de la Confédération des Associations des Femmes Juristes Africaines.
· Lauréat du Prix Houphouët-Boigny pour la recherche de la Paix – UNESCO, mai 2006.
· Elu Patron de l’Internationale Libérale en mai 2008 à Belfast.
Ainsi présenté, ce curriculum vitæ n’est pas seulement une liste de titres et de fonctions. C’est l’autoportrait d’un homme qui a voulu cumuler les savoirs, les responsabilités, les combats et les honneurs, sans jamais renoncer à sa liberté de dire non fût-ce à la vice-présidence ni à sa conviction que la démocratie et la paix se gagnent par les urnes, les idées et le droit.
Par Kenzo Brown

