Cameroun : Mbanga-Pongo : pour 250 francs, un vieil homme de 63 ans perd la vie, le suspect avoue
Il s’appelait Innocent. Innocent S. 63 ans. Un nom presque prophétique pour un homme qui n’aura rien vu venir. Lundi dernier, son corps a été retrouvé dans un coin de Mbanga-Pongo. Il tenait un bar par intérim, le temps que le propriétaire revienne d’obsèques. Il n’aura pas eu le temps de lui rendre les clés. Il est mort pour 250 francs. Moins qu’un billet de bus.
Un jeudi comme les autres, une dispute qui tue
C’était un jeudi. Un jour ordinaire à Mbanga-Pongo, ce quartier populaire de Douala où la vie s’écoule au rythme des petits commerces et des bars qui ne désemplissent jamais vraiment. Innocent S. était derrière le comptoir. Il remplaçait le patron, parti enterrer un proche. Un simple service rendu entre voisins. Une présence rassurante pour une clientèle habituelle.
Jordan N. est entré. Jeune. Habitué du quartier. Il réclamait 250 francs. Un remboursement, disait-il. Innocent a haussé les épaules. Il ne savait pas, il ne comprenait pas. La discussion a dérapé. Les voix ont monté. Des témoins sont partis. Ils ont laissé les deux hommes face à face. Ils ne savaient pas qu’ils laissaient un condamné à mort.
Le silence du bar
Le lendemain, le bar est resté fermé.
Ni le vendredi. Ni le samedi. Ni le dimanche. Le voisinage a fini par s’inquiéter. Où est Innocent ? Pourquoi ce vieil homme ponctuel, toujours fidèle au poste, a-t-il soudain disparu ? La gendarmerie a été alertée. Les recherches ont commencé. Mais il était déjà trop tard.
Le lundi, des riverains ont orienté les gendarmes vers l’altercation du jeudi. Jordan N. a été interpellé. Et ce même jour, le corps d’Innocent a été retrouvé. Dans un coin du quartier. Marqué par la violence. Le visage qu’il ne montrerait plus jamais à ses clients. Les mains qui ne serviraient plus jamais de verres.
Des vêtements tachés de sang, des aveux
Quand les gendarmes sont entrés chez Jordan N., ils sont tombés sur des vêtements tachés de sang. L’homme a avoué. Il a dit ce qu’il avait fait. Pourquoi ? Pour 250 francs. Deux cent cinquante petites pièces qui ne pèsent rien. Deux bouteilles d’eau. Un pain. Un appel téléphonique.
Et une vie.
Une vie de 63 ans. Une vie qui avait traversé des décennies, des joies, des peines, des obsèques, des naissances. Une vie qui s’achève dans un coin de terre pour une somme qu’on ramasse par terre.
Quel avenir pour Jordan N. ?
Jordan N. est désormais entre les mains de la gendarmerie. Il sera déféré devant le parquet. S’il est reconnu coupable d’homicide volontaire, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. La justice camerounaise est claire : donner la mort sciemment, pour quelque motif que ce soit, c’est payer de ses années.
Mais la question n’est pas seulement celle de la peine. C’est celle du sens. Comment un être humain peut-il en tuer un autre pour 250 francs ? Quelle colère, quelle détresse, quelle folie a pu s’emparer de ce jeune homme au point de ne plus voir que du rouge ?
La dépouille d’Innocent S. a été remise à sa famille. Ils l’ont récupéré, lui qui était parti travailler un jeudi matin avec sa simple casquette de barman. Ils ne l’avaient pas revu vivant. Ils ne le reverront plus du tout.
Dans la maison, il y a des pleurs. Des questions sans réponses. Des « pourquoi » qui résonnent dans le vide. Et ce vide, aucun jugement ne le comblera.
Ce drame n’est pas un fait divers ordinaire. C’est un miroir tendu à une ville, Douala, où la colère couve sous les tropiques. Où les dettes minuscules deviennent des dettes de sang. Où la vie humaine, parfois, vaut moins qu’une poignée de monnaie.
La question n’est pas seulement de savoir combien d’années Jordan N. passera en prison. C’est de savoir combien d’Innocents devront encore mourir avant que nous comprenions que la paix ne se négocie pas, qu’elle se cultive.
Repose en paix, Innocent. Tu n’étais qu’un barman d’occasion. Mais tu étais un homme. Et aucun homme ne devrait mourir pour 250 francs.
Par Georges Domo

