Burkina Faso : Kongoussi : Jugé pour homosexualité, un jeune homme de 28 ans reconnaît les faits devant le TGI

Le Tribunal de grande instance de Kongoussi a examiné, ce mercredi, le dossier d’un jeune homme de 28 ans poursuivi pour des faits d’homosexualité et de pratiques assimilées. À la barre, le prévenu a reconnu les faits. Il risque jusqu’à 24 mois de prison ferme et une amende de 2 millions de FCFA. L’affaire, qui remonte à 2023, a été mise en délibéré au 25 août 2026.

Selon les éléments exposés à l’audience, l’histoire commence en 2023. Le prévenu, qui travaillait alors dans une autre ville, aurait entretenu des relations homosexuelles avec deux de ses patrons successifs. De retour dans sa ville natale, Kongoussi, il aurait sollicité plusieurs autres personnes pour assouvir ses pulsions.

Ces sollicitations répétées ont fini par alerter l’entourage. Des plaintes ont été déposées, conduisant à son interpellation le 21 juillet 2026. Depuis, il est placé sous mandat de dépôt.

À l’audience, plusieurs témoins sont venus relater les faits à l’origine de leur plainte. Interrogé par le tribunal, le prévenu n’a pas contesté les accusations, tout en confirmant avoir connaissance de l’interdiction de ces pratiques au Burkina Faso.

Le cadre juridique : l’article 210-3 du nouveau Code des personnes et de la famille

Cette affaire s’inscrit dans un contexte juridique nouveau. Le 1er septembre 2025, l’Assemblée législative de transition a adopté à l’unanimité un nouveau Code des personnes et de la famille, promulgué par le président Ibrahim Traoré le 25 septembre 2025 .

L’article 210-3 de ce code interdit désormais explicitement l’homosexualité et les pratiques assimilées. Les contrevenants encourent une peine d’emprisonnement de deux à cinq ans et une amende de 2 à 10 millions de francs CFA .

Le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, a alors déclaré que ce texte répondait « aux aspirations profondes de notre société » et témoignait d’un « respect des valeurs culturelles » . Jusqu’alors, le Burkina Faso ne disposait d’aucune loi criminalisant les relations consensuelles entre personnes de même sexe, contrairement à de nombreux autres pays africains .

Les réquisitions : 24 mois de prison dont 18 fermes

Dans son réquisitoire, le procureur du Faso a déclaré les faits établis. Il a requis une peine de 24 mois d’emprisonnement dont 18 mois fermes, ainsi qu’une amende de 2 millions de FCFA dont 1 million ferme, assortie d’une contrainte judiciaire.

La défense du prévenu, qui a reconnu les faits, tentera sans doute de plaider les circonstances atténuantes. L’affaire a été mise en délibéré. Le tribunal rendra sa décision le 25 août 2026.

Cette affaire intervient alors que la criminalisation de l’homosexualité fait débat au Burkina Faso. Des organisations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch et Amnesty International, ont vivement critiqué cette loi, la qualifiant de « recul alarmant » . Elles estiment que cette mesure viole les droits à la non-discrimination et à la vie privée, et contrevient aux engagements internationaux du Burkina Faso .

Le nouveau Code des personnes et de la famille apporte par ailleurs des avancées notables, comme la fixation de l’âge du mariage à 18 ans pour les deux sexes ou la numérisation de l’état civil . Mais la disposition sur l’homosexualité, symbole fort d’un certain conservatisme, divise l’opinion.

Vers un verdict le 25 août

Le tribunal de Kongoussi devra se prononcer sur la culpabilité du jeune homme et sur la peine à lui infliger. Le verdict du 25 août sera attentivement suivi, car il donnera la première application concrète de l’article 210-3.

 

Par Francis Kaboré 

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