Tchad : l’heure du verdict approche, des milliers de candidats entre prières et insomnies

Dans les cours d’école, les foyers et même les lieux de culte, une seule question agite les esprits : « Est-ce que je vais l’avoir ? » Des milliers de candidats aux examens officiels retiennent leur souffle alors que la publication des résultats approche à grands pas. Une attente interminable qui transforme les jeunes Tchadiens en véritables montagnes russes émotionnelles.

Depuis la fin des épreuves, les nuits sont courtes et les journées interminables. Fini les cahiers et les stylos, place aux insomnies et aux ruminations. Les candidats revisent mentalement leurs copies, refont les calculs, se demandent s’ils ont bien coché la bonne case, s’ils ont écrit assez de lignes, ou si cette phrase mal tournée leur coûtera cher.

Amina, candidate au baccalauréat à N’Djamena, confie son trouble :

« Depuis que j’ai rendu ma dernière copie, je n’arrive plus à dormir. Chaque nuit, je repense à toutes mes réponses. Est-ce que j’ai bien interprété la question de philo ? Et en maths, ce développement que j’ai fait à la va-vite… Et si j’avais fait une erreur bête ? Je n’ai qu’une seule envie : que les résultats tombent enfin, pour sortir de cette purgatoire ! »

Les parents aussi comptent les jours

Mais les candidats ne sont pas seuls dans cette attente. Les parents, qui ont investi temps et argent dans la scolarité de leurs enfants, sont eux aussi suspendus au verdict. Leur inquiétude est parfois plus grande que celle des élèves eux-mêmes.

Mahamat, père de famille résidant dans le 7e arrondissement, avoue :

« Nous avons fait des sacrifices cette année. J’ai vendu une partie de mon petit troupeau pour payer les frais de scolarité et les livres. Si mon fils réussit, ce sera la fierté de toute la famille. Si ce n’est pas le cas… je ne sais pas comment je vais annoncer la nouvelle à sa mère. »

Entre optimisme affiché et stress intérieur

Certains candidats jouent la carte de la sérénité. C’est le cas de Fatimé, élève en terminale à Moundou :

« Je sais que j’ai donné le meilleur de moi-même. Bien sûr, je stresse un peu, qui ne le ferait pas ? Mais j’essaie de penser positif. Cette expérience m’a appris à être patiente et à avoir confiance en moi. Quoi qu’il arrive, je suis fière du parcours que j’ai accompli. »

Derrière ce discours optimiste, une réalité bien présente : le stress est omniprésent. Dans les conversations entre amis ou en famille, les pronostics vont bon train. Les réseaux sociaux s’enflamment, les rumeurs circulent, et chacun tente de glaner la moindre information.

Le poids des résultats pour l’avenir

Au-delà de la simple note, ces examens représentent une étape cruciale pour des milliers de jeunes Tchadiens. La réussite ouvre les portes de l’université, des grandes écoles et parfois, d’un avenir professionnel prometteur. L’échec, lui, peut signifier un redoublement, une réorientation, ou pire : l’abandon des études faute de moyens.

Dans les provinces, l’attente est d’autant plus difficile que l’accès aux informations est limité. Pas de connexion internet, pas de smartphone, parfois même pas d’électricité pour recharger un téléphone. Les candidats des zones rurales sont réduits à l’attente de l’affichage des résultats dans leur centre d’examen, souvent à des kilomètres de leur village.

Alors que les heures défilent et que le verdict se rapproche, une chose est sûre : ce moment restera gravé dans la mémoire de chaque candidat. Quelle que soit l’issue, cette attente a été une école de patience, de résilience et d’espoir.

Dans les prochaines heures, les cris de joie se mêleront aux soupirs de déception. Mais pour l’instant, le Tchad tout entier retient son souffle. Les candidats comptent les minutes. Les familles prient. Le pays attend.

« Le bac, c’est un passeport pour la vie. Mais avant de l’obtenir, il faut passer par l’épreuve de l’attente… et ça, c’est peut-être le plus dur. » –Amadou, candidat à Abéché.

 

Par Mbaikoula Philippe 

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